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vendredi 4 avril 2008

À l'eau, la lune!

C’était un petit matin ordinaire, pour ne pas dire banal. Debout à 7 h, pipi matinal à 7 h 01, verre de jus orange-canneberge derrière la cravate, puis préparation du café. Petit déjeuner tranquille avec l’homme de la maison, puis boulot à l’ordi, en équipe avec tasse de café. Comme d’hab, je vous dis.

Travaille, pianote sur le clavier, farfouille dans les papiers, téléphone un tel, répond à deux ou trois appels, dix ou douze courriels. Rapporte tasse de café sur le coin de l’évier, à côté de la vaisselle du déjeuner et la remplace par le litre d’eau, habituellement rempli et vidé trois fois par journée. Retourne à l’ordi, et travaille encore, interrompue par deux ou trois pauses-pipi (savez, le litre d’eau). Et tout ça en pyjama (mea culpa).

Sonnent les midis. Prépare à dîner. Un petit repas rapido, de ceux qu’on prend sur le bout de la chaise. Vide l’assiette, la rince à peine. Un commentaire fuse, adressé au pyjama et au fait qu’il est un peu abusif d’encore l’arborer à un moment si tardif. D’accord pour l’enlever, mais avant, il faut se laver.

Petit saut dans la douche, qui débite à peine trois litres à la minute. Actionne l’interrupteur de jet d’eau, même si on se les gèle. Savon, shampoing, mousse. Puis rince l’épaisse chevelure et sa propriétaire entre chaque opération houpette-savon. Comme d’hab, je vous le jure. Durée de la douche : 10 minutes. Durée de l’utilisation de l’eau : 5 minutes. Cher interrupteur…

C’est au tour de l’homme de la maison d’occuper la salle d’eau. Sa repousse de deux jours lui donne une gueule de gangster et on l’attend pour un rendez-vous important. Remplit le lavabo, muni d’un bouchon, pour empêcher l’eau de fuir. Chop! Chop! la barbe naissante, et flic flac dans l’eau, pour rincer pioche et blaireau.

Une sonnerie retentit, belle-sœur à l’appareil. « Je sors de la douche », lui mentionnai-je. « Moi j’attends après 16 h, c’est la journée À l’eau Sherbrooke.»

Gloup.

Désolant. Le seul mot qui me vienne à l’esprit à ce moment-là. Celle qui vous fait la leçon environnementale une fois la semaine, qui vous en met plein la tête avec ses beaux principes, sa bonne morale, sa chère rectitude écolo-éthique, celle-là même a trouvé le tour d’OUBLIER cet événement unique, brillant, rafraîchissant.

Raccroche la ligne, rongée de remords. Dégoûtée des ratées de cette mémoire qui a flanché malgré ce courriel reçu quatre fois dans la même journée. Malgré cette conversation s’étant tenue l’avant-veille.

Reprends ses esprits. Passe en revue ses matinales activités. Vaisselle? Non, elle traîne encore. Chasse d’eau tirée? Environ aux trois pipis, comme toujours. Douche? De courte durée, grâce à l’interrupteur. Lavage? Non, c’était hier matin, avec la frontale. Arrosage d’entrée de cour? Non, pas d’entrée de cour. Eau qui coule pendant le brossage des dents? Non, pas de dents (meuh non).

Tout compte fait, pas peu fière de ce bilan. Ici pas de sainteté, pas de bretelles claquées. Plutôt des comportements chèrement acquis. C’est possible de changer, je vous le dis, faut juste essayer.

mercredi 26 mars 2008

Gugusses, gadgets et autres cossins...

Dans le salon, ce sont les piles de magazines qu’on se sent si mal de jeter, les horaires télé désuets au bout de six jours, les journaux kapout après 24 heures et les circulaires qu’on ne lit tout simplement pas. Qui forment rapidement des amalgames de papiers dans lesquels on s’enfarge. Après lesquels on sacre quotidiennement. Qu’on finit par jeter avec violence dans le 360 litres roulant.

Dans la cuisine, ce sont les contenants de yaourt, de margarine, de fromage à la crème et de baba ganouj. Ciel, peut-on les détester ces petits pots là! Notre bonne conscience a beau nous dicter la vertueuse réutilisation, entre nous, soyons honnête : ces misérables qui nous déboulent sur le crâne à la première occasion nous rendent tous fous de rage au moins une fois par jour.

Tous ces objets nous embarrassent. S’accumulent, que dire, se multiplient. Combien de temps perdons-nous à les ramasser? À replacer les petits pots dans les grands pour libérer l’armoire, ou pire, à chercher le bon couvercle qui va avec le bon petit (maudit) pot? Que d’exaspération! Mais quoi qu’on puisse leur reprocher, ces éléments ont au moins une qualité, celle de pouvoir être recyclés. Ce qui n’est pas le cas de leurs petits camarades de la salle de bain.

Cotons-tiges, tampons démaquillants, lingettes à foufounes, tubes de dentifrice ou de crème de jour/nuit/soir, d’onguent, de cosmétiques, de fond de teint, bouteilles de vernis à ongles… Que faites-vous donc avec ces trucs-là? Ouvrez vos armoires et par pitié, dites-moi la vérité. Y a-t-il une vie après la mort de vos petits produits? Vous rougissez? Dans ce cas, posons une autre question. Comment faisaient-elles, nos grands-mères, pour mener leurs barques sans ces bidules jetables? Si j’habitais sur une île déserte sans magasin, si je devais ne produire aucun déchet, comment m’en sortirais-je?

D’abord, je redécouvrirais ce carré de tissu avec lequel on peut tout faire. Une débarbouillette. Adieu lingette jetable et tampon démaquillant. Avec le rasoir jetable, les choses se corsent. À une, deux, trois, quatre ou cinq lames, il a beau donner une gueule d’enfer à l’homme de la maison, n’en demeure pas moins que la longévité n’est pas sa marque de commerce. Quelques utilisations et déjà, le valeureux engin passe l’arme à gauche. Pas très viril.

Mais parce qu’elle est rétro, résistante, et surtout, revisitée, la sympathique pioche ravira les nostalgiques. Accompagnée de son blaireau et de sa pastille de savon moussant, la pioche à lame interchangeable promet un rasage de près, pour environ mille ans de loyaux services. Et comme par magie, on fait disparaître du coup le problème de la bonbonne de mousse à raser.

Le tube de dentifrice a traversé le temps sans trop évoluer, mais un rival saura peut-être le déclasser. Le contenant de dentifrice inspiré du principe de la bouteille de ketchup permet de récolter facilement la précieuse substance, jusqu’à la dernière goutte. Fait de plastique, ce contenant peut, contrairement au tube, se réincarner sous de multiples autres formes une fois qu’il est recyclé. Et fini le vieux tube tout tortillé sur lui-même!

Ces quelques exemples illustrent bien que la réduction est un principe souvent laissé de côté quand on parle de soins de beauté ou d’hygiène personnelle. Évidemment, l’idée n’est pas de faire sans, mais plutôt de faire avec moins, ou même avec mieux. Parce qu’oser réduire, c’est avant tout investir. Pensons-y bien!

lundi 24 mars 2008

Non merci!

Bonjour Compagnie-Machin-Chose, ici Gisèle, comment puis-je vous aider?
Cliente (insatisfaite mais polie) : Bonjour madame. Je suis abonnée à votre compagnie et chaque semaine, je reçois par la poste des prospectus, des dépliants, des brochures, des fascicules, des promotions, des publicités et des enveloppes-réponses. Le hic, c’est que je n’en veux pas. Quand j’ai besoin d’un de vos produits, je le commande par téléphone ou par Internet. Voyez-vous, la protection de l’environnement me préoccupe et…
Gisèle (sur la défensive) : Mais pour nous aussi l’environnement c’est important. Ici, dans nos bureaux on recycle tout et…
Cliente (de plus en plus insatisfaite) : Mais madame, faire attention à l’environnement c’est d’abord réduire sa consommation. Vous trouvez ça normal que j’aie reçu DEUX FOIS votre guide sur le monde fabuleux des herbes?
Gisèle : Ben vous n’avez qu’à offrir le deuxième en cadeau!
Cliente (très très insatisfaite) : Madame, je n’ai jamais voulu l’avoir, ce guide. Je le reçois deux fois plutôt qu’une, et suremballé en plus. Vous appelez ça un cadeau? Tout ce que je vous demande, c’est de cesser d’envoyer ce genre de promotion à mon adresse. Je n’en ai pas besoin pour acheter de vos produits puisque vous avez un superbe site Internet.
Gisèle (impatiente) : Ben là écoutez madame, on ne fera pas ce genre de passe-droit juste pour vous. Ici ce n’est pas comme ça que ça fonctionne.
Cliente (abasourdie) : Justement, c’est peut-être comme ça que ça devrait fonctionner. Madame, pourrais-je adresser ma demande à un décideur de votre compagnie?
Gisèle (courroucée) : Non, personne ici ne traite ce genre de demande.
Cliente (désillusionnée) : … (sans le mot)
Gisèle (retrouve son professionnalisme in extremis) : Je vais quand même transférer votre commentaire au département des plaintes.
Cliente (qui tente le tout pour le tout) : J’espère madame, parce que voyez-vous, le surplus de paperasses que vous m’envoyez constitue l’unique raison pour laquelle je ne renouvellerai pas mon abonnement chez vous.
Gisèle (faussement désolée) : J’en suis désolée.
Cliente (faussement sincère) : Je ne voulais pas gâcher votre journée madame, et je vous remercie.
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Voilà où en sont rendus certaines compagnies en matière de traitement de l’environnement et du développement durable. Alors que de plus en plus d’entreprises font maintenant de la protection de l’environnement leur principal appât, leur meilleur cheval de bataille, d’autres continuent d’opérer sans trop se poser de questions sur la chose. Soit, chacun ses priorités.

Mais devant la montée des préoccupations environnementales dans la population, reste que bon nombre d’entreprises sont encore peu ou pas préparées, ou pire, pas encore intéressées à modifier réellement leurs façons de faire. Il est déplorable que les employés du service à la clientèle soient ceux qui reçoivent la patate chaude. Qui doivent se dépêtrer avec des commentaires de cet ordre, et pour lesquels ils n’ont rien de mieux à proposer que le département des plaintes.

Que faire? Prendre en pitié ces employés, ravaler ses doléances et se taire à jamais? Châtier Gisèle pour punir Compagnie-Machin-Chose? Où se trouve-t-il, le juste milieu? Quand des dirigeants d’entreprises n’ont pas de vision, ce sont les consommateurs qui doivent en avoir à leur place. C’est à celui qui paye de décider qui va survivre. Et pour survivre, il faut savoir s’adapter…

jeudi 6 mars 2008

Joies et peines du tourisme à l'occidentale

Les destinations soleil sont plus que jamais à la mode. Fréquenter un tout-inclus sous la chaleur des tropiques agit en véritable résurrection pour un grand nombre d’habitants de l’hémisphère nord. Après des mois de froidure, de lèvres gercées, de chutes de neige et de bottes souillées de calcium, difficile de dire non à quelques jours de repos dans les pays chauds.

Qui plus est, l’abondance de forfaits et de rabais de dernière minute renforce l’attrait pour ces séduisantes destinations. Pour peu qu’on ait économisé quelques sous durant l’année, l’accès à ces voyages de type « clé en main » est un véritable jeu d’enfant auquel un nombre croissant de célibataires, de couples, de familles et de groupes d’amis s’adonnent.

Or d’un côté, il y a ceux qui tueraient pour passer plus du temps sous les rayons UV en sirotant des pina colada à cœur de jour, pour se faire chouchouter par une femme de ménage dévouée et discrète et pour pouvoir compter, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie, sur un congé de popote bien mérité.

Puis il y a ceux que ce genre de vacances rebute. Qui se questionnent sur les conditions de travail des employés des luxueux complexes hôteliers. Qui ne comprennent pas comment on peut offrir un séjour quatre étoiles à des visiteurs quand, à deux pas de là, la communauté locale n’a à peu près pas accès à l’eau courante, à l’électricité, à autant de nourriture et parfois, aux plages et autres ressources naturelles de son propre milieu de vie. Le revers de la médaille, quand on prend la peine de la retourner, n’est malheureusement pas toujours des plus reluisants.

Mais misère... Même en ayant conscience de ce genre d’inégalités et d’incohérences, comment blâmer les parents enrhumés et épuisés de s’accorder ainsi une semaine de repos loin du boulot, de la gastro et autres aléas parentaux? Comment en vouloir aux travailleurs verdâtres, fourbus, à deux cheveux du burn out d’aller s’injecter du concentré de vitamine D par intraveineuse?

Déjà, s’intéresser à la situation terrain est un pas dans la bonne direction. Encore une fois, en tant que consommateur, j’ai le plus grand des pouvoirs : celui de faire le choix de que ce que je veux oui ou non cautionner. Si je ne peux pas vivre avec l’idée que l’hôtel qu’on me propose génère plus de déchets en une semaine que le village d’à côté en une année, j’ai l’option de refuser d’y déposer ma valise. Le traitement des employés, la consommation d’eau et d’électricité, l’aménagement des lieux sont tous des points sur lesquels je peux m’informer avant de partir, pour prendre une décision éclairée.

Certains complexes de vacances commencent d’ailleurs à prendre en considération des principes aussi élémentaires que l’écoefficacité énergétique, la conservation du milieu naturel et l’octroi de salaires décents. Il était grand temps. Malgré de telles avancées, ce type de voyage ne peut convenir à tout le monde. Si tel est le cas, on peut se tourner vers un style de vacances qui s’accorde mieux à ses valeurs. Le séjour chez l’habitant, qui permet de s’imprégner de la culture locale, et le tourisme solidaire, qui consiste à faire profiter de son expertise professionnelle des communautés en développement, ne sont que deux exemples de voyages alternatifs qui garantissent dépaysement et encadrement.

Peu importe la forme de tourisme que je privilégie, je garde en tête que le type de vacances que je choisis a des impacts sur la population et l’environnement que je visite. Pourquoi ne pas faire en sorte qu’ils soient positifs?

lundi 3 mars 2008

Quand les étoiles jouent à cache-cache

Dans le Petit Robert, l’entrée du mot « pollution » demeure évasive. « Action de polluer. Dégradation d’un milieu par l’introduction d’un polluant. Nuisance quelconque. » Les auteurs du célèbre dictionnaire avaient-ils pressenti que la définition de pollution serait sujette à changement et franchirait des frontières qui dépassent l’entendement? L’air, la terre et l’eau ne sont effectivement pas les seuls à être touchées par le fléau pollution.

Bien que beaucoup plus loin de nous, la pollution de l’espace fait aussi son apparition. Détruire des satellites espion, faire exploser des réservoirs de carburant toxique en orbite autour de la Terre semblent maintenant faire partie des moeurs. Aussi on se réconforte : pour une fois, la responsabilité d’une telle pollution, résidus orbitaux et autres détritus intergalactiques, ne nous incombe pas. Mais doit-on forcément propulser ce dont on ne veut plus entre la Terre et la Lune pour bousiller la voûte étoilée?

Parlons-en aux astronomes. Pour ces derniers, les puissantes sentinelles, les éclairages mal adaptés ou braqués vers le ciel et les lumières extérieures en surabondance représentent l’ennemi à abattre. La pollution lumineuse fait à ce point des ravages qu’on parle d’une perte de patrimoine naturel, au même titre que la destruction des ressources terrestres. Exagération? Fantaisie d’observateurs d’étoiles?

Plus complexe que ça en fait. Bien entendu, la pollution qui voile le ciel nuit aux scientifiques et à leurs astronomiques recherches. Outre cela, l’excès de luminosité passé le coucher du soleil dérange les animaux nocturnes (aveuglement, perte d’habitats potentiels), et ce quand il ne dérègle pas carrément leurs habitudes (oiseaux qui se mettent à chanter en pleine nuit).

L’idée de bouleverser la routine du ouaouaron ne nous émeut pas le moins du monde? Qu’à cela ne tienne, le suréclairage fait aussi mal aux portefeuilles. Étrange, quand même, que d’un côté, l’idée de réaliser des substantielles économies nous séduise si fréquemment, mais que de l’autre, nous permettons et/ou participons à un tel gaspillage énergétique au moment même où les trois-quarts d’entre nous dorment à poings fermés. Montréal gaspillerait 45 millions de dollars d’électricité par année faute d’éclairage nocturne adapté…

Comment expliquer ce paradoxe? Par mode? Par goût? Par désintéressement? Plus simplement, par manque d’éducation, car il n’y a pas si longtemps que le sujet de la pollution lumineuse est… sous les projecteurs. Les scientifiques de l’Astrolab du Mont-Mégantic l’ont toutefois mis à l’ordre du jour il y a près d’un an, en annonçant la création de la première Réserve de ciel étoilé du monde, faisant ainsi de la région attenante au Mont-Mégantic un endroit où on se soucie de la voûte céleste.

Bonne nouvelle, la situation n’est pas irréversible. À l’inverse des autres types de pollution, celle qui camoufle momentanément les étoiles peut être rapidement envoyée au tapis. Suffit de passer à l’action et d’agir à la source. Le projet de lutte contre la pollution lumineuse mené dans la région a permis, en quelques années seulement, de retrouver sensiblement la même qualité de ciel qu’il y a trente ans. Le secteur visé par le projet n’est pas pour autant plongé dans une totale obscurité. On a simplement modifié la façon de s’éclairer. Diminué l’intensité et l’orientation des ampoules. Illuminé seulement ce qui devait l’être. Donné un couvre-feu à l’éclairage de certains établissements commerciaux. Une méthode efficace et qui, en plus, rapporte. Plus de sous économisés, plus d’étoiles à observer.

Comprendre les blues du climat

Avec un hiver aussi chargé en neige, certains mettent en doute l’imminence du changement climatique dont il est pourtant quotidiennement question dans les médias. Nous avons tous entendu ou énoncé, entre deux pelletés de neige, ce grand classique : « Réchauffement climatique, mon œil! ». Soit, ce n’est pas la neige qui manque cet hiver. Ceux qui aiment cette froide saison n’ont jusqu’ici pas trouvé de quoi se plaindre.

Ceux qui trouvent ce passage obligé long et pénible prennent leur mal en patience et égrainent leurs chapelets en espérant une fin abrupte de l’hiver. Exit le redoux de fin février, les giboulées de mars, la tempête du siècle du début avril et le point de congélation à la mi-mai, suivi d’une canicule aussi inattendue qu’insupportable. Ils se surprennent même à l’espérer, cet éventuel réchauffement du climat qui mettrait un terme à leur calvaire de novembre à avril.

Ont-ils raison de compter sur les bouleversements climatiques annoncés pour se garantir une retraite au soleil sans même devoir prendre l’avion? Quand on se renseigne sur la lourde et complexe question des chamboulements météorologiques, force est d’admettre que ceux qui font brûler des lampions pour voir pousser des palmiers au bord du Saint-Laurent sont, jusqu’à preuve du contraire, dans le champ. Comment? Les changements climatiques seraient-ils une gigantesque mascarade créée de toutes pièces par des groupes environnementaux pour faire paniquer les populations? Une machination politique visant à écarter tel candidat de la course à la chefferie? Le réchauffement prévu serait-il, purement et simplement, une invention bidon aussi difficile à prouver que l’existence des OVNIS?

Encore une fois, jusqu’à preuve du contraire, on observera, dans moins de temps qu’on le croyait, des soubresauts du climat. Cependant, sachant que la planète fonctionne comme un tout au sein desquels tous les éléments agissent en interrelation, on ne pourra pas parler de simple réchauffement.

Brièvement, l’augmentation de gaz à effet de serre (dont nous sommes en grande partie responsables) contribue au réchauffement de l’atmosphère, et l’accélère. Puisque la moyenne des températures s’élève, de nombreux phénomènes se produisent. Par exemple, la fonte rapide des glaciers vient perturber le cours normal des grands courants océaniques, ceux-là même qui influencent directement le climat des continents.

Ces grandes masses d’eaux chaudes et froides fonctionnent en circuit continu depuis la nuit des temps et apportent à nos continents les températures qu’on connaît. Mais si un courant océanique subit une perturbation, comme l’ajout d’une grande quantité d’eau de fonte de glacier, les températures normalement enregistrées sur les continents pourraient changer du tout au tout. Sécheresses, glaciations, inondations, tempêtes tropicales sont toutes des conséquences probables du changement climatique annoncé.

Le changement climatique ne doit donc pas être exclusivement associé à une hausse des mercures. Des conséquences multiples sont déjà observées dans plusieurs régions du globe : perte de superficie d’îles de l’océan Indien, érosion côtière aux Îles-de-la-Madeleine, dégel du pergélisol qui bousille les maisons et les pistes d’atterrissage chez nos amis du Nord québécois, température sous zéro et chutes de neige là où il n’y a que des pneus d’été. Allons maintenant dire aux habitants de ces régions que le changement climatique est un mythe.

Le doigt pris dans l'engrenage

À l’achat d’un objet, le consommateur est à cent lieues de se douter, et souvent à des années lumières de se soucier, de tout le chemin parcouru par l’engin convoité. L’acte de consommation est un geste naturel, quotidien, au même titre que boire, manger et se laver les dents. Le rythme de vie, le climat dans lequel on évolue, la fonction qu’on occupe, l’endroit où on habite, les bobos qui nous affligent, tout nous amène à nous procurer mille petites choses plus ou moins essentielles.

Les temps ont bien changé et ce, de façon très rapide. À preuve, il n’y a pas des siècles qu’on achète des linges à vaisselle usinés en Asie, et non plus montés sur les métiers à tisser paroissiaux. Qui plus est, se procurer une multitude de produits dans la plus totale simplicité est devenu monnaie courante. Le principal effort à fournir pour se procurer un bien matériel consiste en effet à régler sa facture Visa en ligne sur le site d’Accès D.

Plus question de tricoter quinze paires de bas pour protéger la progéniture des grands froids. Plus nécessaire de casser le cochon pour acheter le seul téléviseur en noir et blanc de tout le comté. Les objets tombent du ciel et entrent chez nous à pleines portes. On nous sollicite de partout, par téléphone à l’heure du souper et jusque derrière les boîtes de céréales, pour nous vendre ce qu’on a déjà en double.

Dans un tel contexte, quoi de plus normal que notre lien affectif avec l’objet se soit tordu, voire atténué. Ma brosse à dent électrique se brise? Tant pis, j’en rachète une autre. Mon cellulaire fonctionne encore, mais dieu qu’il est moche? Au suivant, s’il vous plaît!

D’où nous vient ce besoin de vouloir changer ce qui nous entoure parce que le tout ne répond plus aux critères esthétiques du moment? Qui décide que la lunette fumée type aviateur est soudainement bonne pour les oubliettes alors qu’hier, elle crevait l’écran? Pourquoi un sofa fleuri deviendrait, du jour au lendemain, beaucoup moins confortable quand la mode nous dicte de passer vite aux imprimés carreautés?

Ce mécanisme, que dire, cette machination qu’est devenue l’engrenage de la consommation est difficile à expliquer sans l’aide d’un schéma. Et justement, c’est ce sur quoi se penche une courte vidéo créée aux États-Unis et disponible sur Internet. En regardant l’Histoire des objets (une traduction libre de « Story of Stuff »), quiconque s’intéresse à la grande chaîne de la consommation et maîtrise relativement bien la langue de Shakespeare trouvera réponse à ses questions. Illustré en cinq étapes, le cycle de vie des objets, de l’extraction à l’enfouissement, nous est vachement bien décortiqué.

Sans s’adresser à nous comme à de pauvres imbéciles gâtés pourris, Story of Stuff nous remet quand même les yeux en face des trous en matière de consommation. Nous fait réaliser que de notre côté de l’hémisphère planétaire, on consomme négligemment ce que le reste du globe se tue à nous fournir. Nous invite à nous questionner sur cette honteuse façon d’aller puiser n’importe comment des matières premières, tout ça pour que des travailleurs sous-payés et exposés à mille dangers assemblent des produits conçus pour ne pas durer longtemps et dont ils ne bénéficieront sans doute jamais, faute d’argent. Nous remet en plein visage l’absurdité d’aller finalement enfouir dans le lointain tiers-monde des déchets qui pourraient mettre en péril notre précieuse sécurité.

Pour un petit vingt minutes bien investi : http://www.storyofstuff.com/

Pas à pas

Dans un article publié par La Presse cette semaine, on signalait une nouvelle espèce menacée. Pas question ici d’une plante ou d’un animal exotique. Cette fois, c’est le piéton qui vient allonger la liste de ce qui tend à disparaître. Vous savez, ce bizarroïde qui arrive, les matins d’hiver, vêtu comme l’abominable homme des neiges par-dessus un complet veston-cravate? Ou encore cette collègue qui se tortille pour enlever ses combines dans la cabine de toilette d’à côté?

Selon de savantes statistiques, ces spécimens gagneraient en impopularité. Des chiffres? De 1998 à 2005, on évalue que le pourcentage des disciples de la marche (à raison d’un déplacement par jour) est passé de 26 à 19 %. Qui plus est, les Canadiens tirent de la patte par rapport aux Européens quand vient le temps de se dégourdir les membres inférieurs. Alors que 46 % des déplacements utilitaires (pour aller travailler, par exemple) se font en marchant dans les Pays-Bas, ils atteignent, ô surprise, un misérable 12 % au Canada.

Ouille… Où sont donc rendus ceux qui jadis battaient de la semelle? Partis gonfler les statistiques qui démontrent maintenant que les déplacements en voiture ont, de leur côté, augmenté en flèche. Malaise. Culpabilité. On nous casse, que dire, on nous brise les oreilles avec les bienfaits de l’exercice physique. On nous courtise avec des concours et des défis de fruits et légumes. On nous répète inlassablement de nous bouger le derrière, pour l’amour, mais visiblement, le message ne se rend pas. Ou du moins, il y a de la friture sur la ligne.

Les raisons invoquées pour éviter de bouger sont nombreuses et bien justifiées. (Pour les avoir maintes fois invoquées, ces raisons bidon, l’auteure de ces lignes sait de quoi elle parle.) Manque de temps. Peur d’arriver en retard. Pluie, neige, vent, soleil, mal de dos, de genou, courbatures, travail à remettre, rôti de palette à faire cuire, coup de fil à passer, pots Mason à classer. Toutes ces pitoyables défaites viennent rapido à la rescousse de celui ou celle qui boude l’exercice physique.

Jusqu’à ce qu’on constate qu’au lieu de faire le pied de grue pendant 15 minutes à l’arrêt de bus, on aurait pu se rendre à pied à destination. Jusqu’à ce qu’on se crispe quotidiennement d’impatience, coincé dans un trafic automobile grandissant, et qu’on arrive au boulot avec la désagréable impression d’avoir déjà une journée dans le corps.

Jusqu’au jour où se rend compte que les promenades dès l’aube et en fin de soirées ne font pas que du bien à son chienchien adoré. Jusqu’à ce que l’on réalise qu’INTÉGRER un exercice tel que la marche à son horaire chargé nous évite d’aller suer, à contrecoeur, sur les machines poisseuses d’un gym malodorant.

Mais que fait-on de l’argument de la pollution? Marcher en respirant à pleins poumons c’est bien beau, mais quand c’est l’haleine fétide des pots d’échappement que l’on s’envoie dans les branchies, y a-t-il quand même un gain santé à se déplacer à pied? Parlons-en à ce marathonien éthiopien qui, cette semaine, remettait en question sa participation au marathon des olympiques de Pékin, vu la désastreuse qualité de l’air dans cette ville.

À plus forte raison, permettons-nous d’espérer que plus il y aura de piéton, plus l’atmosphère fleurera bon. Et l’air de Sherbrooke n’est pas celui de Pékin. Pour le moment du moins.

Chasser le naturel

Ma grande amie Annick est Madelinienne. Ses grands-parents, ses arrières grands-parents et les parents de ceux-ci sont nés dans ce minuscule et ravissant archipel au large de l’Île-du-Prince-Édouard. Son père et sa mère y demeurent encore. Annick, elle, habite Montréal depuis peu.

Bien qu’elle ne souhaite pas retourner habiter dans les îles qui l’ont vue naître, Annick se définit et se distingue clairement par ses origines. Autant par ses expressions si typiques, ses conserves maison de crabe et de palourdes que par ce besoin vital de retourner par chez elle au minimum une fois l’an. La mer, le vent, le sable, les falaises, les grandes vagues, tout ça, c’est Annick.

Mon père est né là où l’Estrie prend fin pour laisser place à la Beauce. Lui enlever ses montagnes, les digues de roches qui séparent les champs, les couleurs des érablières à la fin septembre et les sentiers qui traversent son village lui ferait probablement plus mal que si on l’amputait d’une jambe.

Pour l’Arménien, le mont Ararat, bien qu’il soit désormais en territoire turc, symbolise sa patrie, sa fierté, son identité arménienne. Pas un seul Arménien n’est insensible à l’idée de revoir ses frontières englober cette majestueuse montagne volcanique aux sommets perpétuellement enneigés.

L’attachement à la terre natale ou à son environnement immédiat est fort, quasi inaltérable. D’où qu’ils viennent, qui qu’ils soient, les humains sont depuis toujours influencés, modelés, façonnés par leur milieu physique. Une partie de soi est forgée à même là d’où l’on vient. Cette relation intime entre le milieu naturel et la personne qui y habite représente, pour plusieurs environnementalistes, la planche de salut de la planète. Protéger ce que l’on aime. Veiller sur ce que l’on admire. Apprécier ce que l’on a, comme ça, gratuitement autour de soi.

Or la nature perd constamment du terrain. Le lien entre l’humain et son milieu naturel s’atténue. Manger les champignons qu’on a soi-même cueilli, faire griller une truite qui, quelques heures plus tôt, s’ébrouait dans les rapides du ruisseau derrière la maison, récolter trois chaudières de bleuets dans le brûlis au fond du rang sans débourser le moindre centime, tout cela relève désormais de la science-fiction pour une grande majorité.

Comment alors demeurer attaché à ce que l’on ne voit plus? Comment être ému par la disparition de telle espèce de poisson quand la survie de notre famille n’en dépend pas? Pourquoi se faire du sang d’encre avec l’abattage massif d’arbres anciens quand de sa vie, on n’a jamais vu un seul pauvre arbre ancien? Comment diable s’intéresser aux beautés de la nature au point de vouloir en protéger l’intégrité quand, dans plusieurs endroits, tout ce qui en reste repose sur les frêles épaules d’indésirables pigeons, de rivières brunâtres et de boisés jugés sans valeur?

Plus fort que toutes les technologies vertes réunies, plus béton que les meilleures campagnes de sensibilisation, l’attachement à ce que la nature est et offre (sans rien demander d’autre qu’on lui fiche la paix) donne la conviction qu’il faut prendre soin de ce joyau. Si la foi peut réellement déplacer les montagnes, déplaçons-nous donc d’abord avec respect vers elles, et vers ces forêts, ces ruisseaux, ces merveilles. Peut-être nous insuffleront-elles la foi suffisante pour qu’on redonne enfin, à la nature, les lettres de noblesse qui lui reviennent de droit.

Travailler à distance

Pour une majorité de salariés, la journée de travail officielle se situe entre 8 h 30 le matin et 16 h 30 le soir, à peu de variantes près. Dans les faits, déplacements, imprévus, courses et service de garde oblige, ce qu’on appelle communément le 9 à 5 s’avère plus exactement être du 7 h 30 à 18 h. Ouf!

Ici en Estrie, c’est l’avantage de vivre en région, l’heure de pointe se prend comme une petite bière. N’allons surtout pas nous plaindre le ventre plein. Contrairement à celui de la métropole, notre pont Jacques-Cartier à nous ne connaît pour ainsi dire jamais d’embouteillage. À part quelques mémorables tempêtes de neige, deux ou trois bris de canalisation ou de ponctuelles réfections du réseau routier, le transport du point A au point B se fait, alléluia, rapidement et sans douleur sous nos latitudes estriennes.

Mais malgré cette facilité à se déplacer dans une ville comme la nôtre, certains choisissent quand même de dire adieu au déneigement de la voiture à la barre du jour ou à la course effrénée jusqu’à l’arrêt de bus. Pendant que le voisin s’évertue à déneiger l’entrée, le télétravailleur allume son portable. Au moment où l’ancienne collègue passe rapidement faire le plein d’essence avant d’arriver au bureau, la télétravailleuse se sert un petit réchaud de café dans le confort du foyer.

Paresse mal dissimulée? Prétexte pour ne pas avoir à se coiffer et se maquiller? Le télétravail est-il vraiment un moyen productif de gagner sa vie? Et surtout, que vient faire un tel sujet dans une chronique habituellement consacrée aux choses de l’environnement?

Vu sous l’angle environnemental, le télétravail tape directement dans le mille. Quand on offre à un employé la possibilité d’effectuer le même travail chez lui, on lui permet du coup de diminuer considérablement ses déplacements. Avec la magie de l’Internet et du matériel informatique présent dans presque tous les foyers, il est effectivement de moins en moins nécessaire de se rendre à la montagne pour aller gagner sa croûte.

Comme de nombreuses fonctions peuvent se prêter au jeu du télétravail, on ne s’étonne plus d’entendre un graphiste, un journaliste, un concepteur web et même un ingénieur déclarer qu’il travaille « de chez lui ». Moins de déplacements, moins de dépendance à l’automobile et au pétrole qui la fait avancer.

Pris à l’échelle d’une grande ville en proie aux bouchons monstres, si la moitié des travailleurs qui se déplacent bossaient directement à la maison, il y a fort à parier que les problèmes de circulation diminueraient ou disparaîtraient carrément. S’ensuivrait une meilleure qualité de l’air, et surtout, une bien meilleure qualité de vie pour tous ceux qui doivent absolument se déplacer pour mettre du beurre sur le pain croûté.

Lorsqu’un employé choisit le télétravail, l’automobile peut baisser la garde. En contrepartie, l’autonomie et l’autodiscipline se doivent d’être fidèles au poste. Si on pense pouvoir être autant, sinon plus efficace dans son boulot en le faisant à la maison, pourquoi ne pas le suggérer à son patron?

mardi 22 janvier 2008

Développement ou étalement?

Au commencement, il y eut les colonies, puis vinrent les villages et ses rangs. D’abord, les cours d’eau relièrent entre elles les petites agglomérations, puis ce furent les routes qui permirent le développement d’autres endroits stratégiques où il ferait bon habiter. Les villages prirent de l’expansion et devinrent des villes. Celles-ci grandirent, prospérèrent, se peuplèrent et débordèrent vers les périphéries.

On finît par troquer le côté pratique de la proximité surpeuplée pour la tranquillité éloignée. Les banlieues étaient nées. En proie à une croissance démographique surprenante, celles que l’on surnomme les « cités dortoir » s’élargirent, s’étendirent à un point tel que l’on ne savait plus quand tout ce développement allait s’arrêter. Ce phénomène a désormais un nom, l’étalement urbain.

Les plus ou moins grandes cités de ce monde ont ceci en commun qu’elles offrent, dans leurs pourtours, un plus grand espace habitable pour un moindre coût, moyennant un éloignement des services propres à l’urbanité. Un bout de terre, un coin de jardin, quelques arbres plutôt qu’un demi balcon avec vue sur mur de béton et escalier en tire-bouchon. Pour plusieurs, le jeu en vaut la chandelle. C’est quand on habite la banlieue de la banlieue de la banlieue que les choses se compliquent.

Aller travailler devient synonyme de longs déplacements quotidiens en voiture ou en transports en commun, toujours bondés aux heures de pointe. Par surcroît, si la ville, parce densément peuplée, offre un service commercial de proximité, il n’en est pas toujours de même pour la banlieue sa voisine. Bien souvent, aller chercher le carton de lait manquant se transforme en expédition de plusieurs kilomètres en voiture à travers feux de circulations, longs boulevards et artères sans trottoirs. La rumeur court que le piéton y serait même en voie de disparition…

Ainsi, dans le palmarès de ce qu’on reproche le plus à la banlieue se trouve l’infime place laissée aux adeptes du transport actif. Considérant les distances à parcourir et le manque d’aménagements qui favorisent la marche ou le vélo, l’usage de l’automobile devient incontournable en certains endroits. Une petite marche de santé sur le trottoir mal déneigé le long du boulevard Taschereau? Effectuer quelques courses à vélo sur l’artère King-Bourque? Non merci, sans façon.

Les horaires peu accommodants des transports en commun, passé la cohue du 9 à 5, sont aussi souvent le lot de ceux qui pieutent hors les murs. Conséquemment, sitôt qu’il s’éloigne de l’épicentre pour gagner en quiétude et en verdure, le citoyen doit composer avec une ou deux voitures de plus dans son allée asphaltée.

Réalité? Fiction? Un heureux mélange de tout cela. La ville comporte des avantages que la banlieue, lointaine ou proche, n’aura jamais, et vice et versa. Sans comparer des pommes avec des oranges, la banlieue et la ville ont, malgré leurs fonctions différentes, ceci en commun que des gens y vivent, y mangent, y marchent et s’y procurent des biens de consommation. Conséquemment, le les milieux de vie qui se développent en parallèle des grands centres auraient avantage à s’inspirer du modèle urbain… dans ce qu’il a de meilleur et de plus efficace.

vendredi 4 janvier 2008

Et pourquoi pas un bilan?

Ceux qui lisent cette chronique de semaine en semaine savent, ou du moins doivent se douter, que je me creuse les méninges depuis bientôt un an pour partager des faits, des idées, des opinions. Pour éveiller des consciences, susciter des discussions, sensibiliser ou surprendre. Les semaines passent, les sujets défilent. Chaque promenade à l’extérieur, chaque sortie au magasin, chaque conversation, chaque rencontre est pour moi, depuis dix mois, une chasse aux sujets potentiels.

Cette chronique que vous lisez assidûment, distraitement, toujours ou pas souvent, est une bonne façon de me tenir à jour dans l’actualité environnementale. De comprendre certains phénomènes méconnus afin de vous les expliquer à ma façon. Malgré le plaisir que j’éprouve à faire mon devoir environnemental hebdomadaire, une toute petite angoisse est toujours bien présente. Et si les idées venaient à me manquer? Et si ma liste de sujets venait à se tarir? Et si j’en arrivais à me répéter? À vous ennuyer?!

C’est ce à quoi je réfléchissais, ces jours-ci, en cherchant de quoi j’allais vous entretenir pour entamer la nouvelle année. Je repensais aux sujets déjà traités. À ce qui vous avait plu ou déplu, à ce qui avait alimenté les débats ou tombé dans l’oubli. Au billet sur le vermicompostage, sujet grouillant qui a suscité moult questions et grimaces, en particulier chez mes collègues de travail. La chronique consacrée aux protections féminines alternatives n’est pas non plus passée inaperçue dans l’entourage immédiat. Encore là, l’étonnement se lisait dans plusieurs minois.

En revanche, de multiples sujets ont beaucoup moins soulevé les passions. Les sacs de plastique, les feuilles mortes, l’économie d’eau, tous ces domaines cent fois explorés et mille fois repris par tout un chacun semblent de mieux en mieux compris, voire acquis par un nombre croissant de citoyens. Ainsi, je constate qu’à force de mettre en œuvre des outils de sensibilisation et d’éducation, les comportements autour de nous changent.

De plus en plus, je me réjouis de voir que la conscience environnementale n’est plus la chasse gardée de quelques rares intégristes écolos tellement irréprochables qu’ils nous enlèvent le goût de mettre la main à la pâte. Contagieux, le désir de faire sa part pour un environnement plus sain se propage dans toutes les sphères et dans tous les milieux. Simplifié, démystifié et plus accessible que jamais, le geste environnemental rejoint désormais notre quotidien. N’est plus synonyme de douloureux sacrifice, mais plutôt de modification progressive dans les habitudes de gens de tous âges.

Ouvrons l’œil, le changement de comportement est partout. Autant chez mes parents, qui, de Piopolis, ne sirotent plus que des thés ou cafés équitables. Autant chez tante Michelle qui a récemment adopté des produits de nettoyage écologiques. Autant chez Marie-Hélène qui, avec sa fille Alice, composte allègrement, elle qui craignait que son bac brun ne soit qu’une corvée de plus dans ses semaines déjà bien remplies. Autant chez Geneviève qui a cuisiné des cadeaux de Noël pour Alexandra. Autant dans ma belle-famille, qui depuis deux ans procède à un échange de cadeaux produits localement.

Le monde et les temps changent. Tant mieux, et bonne année!

Des fêtes plus environnementales... à quel prix?

À Noël, au jour de l’An, au party de bureau et dans tout ce qui ressemble de près ou de loin à un rassemblement festif entre début décembre et mi-janvier, les occasions de laisser de côté les bonnes habitudes environnementales (chèrement acquises l’année durant) semblent se multiplier. Assiette de styromousse par ci, petite coupe de plastoc jetable par là. Emballage cadeau dix fois plus gros que ce qu’il y a dedans. Lumières de Noël allumées 24 heures sur 24 pendant les trois mois entourant la période des fêtes. Achats compulsifs de dernière minute.

Le manque de temps, le surcroît de travail, l’épuisement et l’accumulation de visites imprévues nous condamnent parfois à laisser de côté la verte vertu. Ainsi, toutes les actions décousues, bâclées, posées à la va-vite tranchent drôlement avec l’année exemplaire que l’on vient de passer sur le plan environnemental. La culpabilité côtoie le soulagement, mais toujours on sent le besoin justifier notre laisser-aller…

Pourtant, conserver ses valeurs environnementales durant les fêtes, et sans perdre les pédales, est chose possible. Côté bouffe, je peux me fixer (à l’avance) l’objectif de préparer un bon repas des fêtes avec quelques aliments issus des producteurs de la région. Leurs petits délices sont de plus en plus accessibles dans les commerces de la ville et des environs. Viandes, confitures, apéros, tartinades, fromages, légumes d’hiver en mettrons plein les dents à ma tablée d’affamés. L’occasion est bien choisie de découvrir ce qui sort de l’ordinaire, mais qui ne vient pas du bout de la terre!

L’électricité, maintenant. L’an dernier, l’auteure de ces lignes s’est résolue à simplifier la vie de son paternel. Bon an mal an, ce dernier bravait le froid, la noirceur et les flocons pour aller éteindre et allumer, en pantoufles et pyjama svp, les lumières de Noël ornant la maison. Un simple achat (une minuterie) et le paternel jouit désormais du repos du guerrier, tout en ménageant son compteur d’électricité. Cela est juste et bon.

Par contre, nous avons tous et toutes les meilleures raisons du monde de recharger, de temps en temps, nos écolos-batteries. Pour certains, la simple idée de tituber jusqu’au bac brun pour déverser les restes du buffet de la veille ira jusqu’à les empêcher de vouloir célébrer. Va-t-on en faire un drame? Pour d’autres, pressés, occupés, urgés par le temps, l’obligation de devoir se creuser le ciboulot pour dégoter un cadeau écolo leur brise les bonbons, à un point tel qu’ils envisagent feindre le malaise gastrique et fuir l’échange de cadeau du bureau. Peut-on leur accorder l’absolution?

Sans aller plus loin dans la rémission des péchés, laissons parler notre bon sens. À quoi bon exhiber un sapin éco-efficace, une tourtière équitable et un party de bureau biodégradable si cela m’accapare au point de mettre en péril de mes relations sociales? Vivre dans un environnement sain, c’est aussi accepter de ne pas avoir le réveillon enviro-parfait. Atteindre un juste équilibre, quoi. Vous avez ça en stock, Père Noël?

Une abondance qui frise la démence

Décembre est, pour plusieurs, synonyme d’abondance. Abondance de cadeaux à trouver, à acheter, à emballer. Abondance de dépenses en petites, moyennes et grosses lumières, en glaçons, en bonbons, en décorations, en choux, papiers, frisous et froufrous aux couleurs métalliques.

Tous ces éléments font renaître, année après année, toute la féerie du temps des fêtes. Cette magie, on s’en doute, a un prix. Derrière les façades des maisons illuminées se cachent quelques bonnes hémorragies financières et ô combien d’amoncellements de biens de consommation qui viennent s’ajouter à ceux, nombreux, que l’on possède déjà. Il suffit de se promener dans les rues les jours suivant la naissance du petit Jésus pour réaliser qu’à l’instar de leurs propriétaires, les bacs à déchets et de récupération ont, eux aussi, beaucoup trop mangé depuis le réveillon.

Ce n’est pas une primeur, la question de commercialisation de la fête de Noël revient sur la table depuis quelques années. Noël aurait perdu sa vraie signification. La surconsommation serait devenue une vraie religion. L’atmosphère de recueillement de la messe de minuit perdrait de ses adeptes au profit de la folie furieuse du boxing day et de ses rabais délirants. Les enfants afficheraient des mines imperturbables en déballant leur montagne de cadeaux comme d’autres travaillent à la chaîne. Sont-ce des rumeurs? Y aurait-il un fond de vérité dans ces affirmations?

Sans jeter la pierre sur l’ensemble de la société, force est d’admettre, en se regardant bien le nombril, que les festivités de fin décembre sont le théâtre de certaines exagérations. Et que ces démonstrations d’opulence chez l’un côtoient malheureusement les fins de mois cauchemardesques, les frigos vides et les besoins de base inadéquatement comblés chez l’autre.

Il n’y a rien de mal à fêter Noël autour d’un sapin illuminé. Ce n’est pas un crime d’envelopper des cadeaux pour le simple plaisir de les déballer fébrilement. Il est louable de vouloir rappeler à nos proches toute notre affection en les chouchoutant un brin. Mais cela peut se faire en toute conscience, en toute solidarité avec ce qui se passe autour de nous. Partager ce que l’on a, aider financièrement les bonnes causes est déjà une très bonne chose. On peut cependant pousser encore plus loin.

Comme consommatrice, j’ai un pouvoir, celui de faire des choix. Si j’achète ce jouet pas cher fabriqué en Chine, je contribue malgré moi à encourager le quasi-esclavage d’ouvriers sous-payés et bafoués dans leurs droits humains les plus légitimes. Si j’offre ce bidule à batteries à mon filleul, je condamne mon frère à devoir s’approvisionner et se débarrasser de piles pour que fiston s’amuse comme il se doit. Si je complète tous mes achats dans les grandes surfaces, les petits commerces spécialisés de mon voisinage craindront de mettre la clé dans la porte de leur rêve. Si chaque année je renouvelle mes stocks de papier d’emballage au lieu de simplement réutiliser ceux qui n’ont pas trop souffert l’année précédente, je jette les choux gras.

Choisir des cadeaux de Noël ne doit pas être qu’une simple valse-hésitation entre le cossin rouge et le machin bleu. Entre l’économie locale et la mondialisation, le suremballage et la simplicité, entre le gaspillage et la nécessité, fêter Noël commande désormais une réflexion. Suis-je prête à l’amorcer?

mardi 11 décembre 2007

Feu feu, joli feu?

C’est unanime. Rien de tel pour décongeler les orteils, chasser les frissons et combattre les rhumatismes qu’un bon feu de bois qui crépite par un bel après-midi d’hiver. La chaleur radiante qui émane du poêle à bois n’a en effet absolument rien à envier à celle, faible et diffuse, que crachote le pauvre calorifère électrique. Côté confort et ambiance, le feu de bois défie toute compétition.

C’est quand on se risque à regarder l’envers de la médaille que les choses se corsent. Quoi? Mon système de chauffage au bois a-t-il vraiment des défauts? Quand on l’analyse du point de vue de ses impacts sur la qualité de l’air, oui. La flamme qui danse dans un poêle à bois non certifié pendant neuf heures émettrait même, selon Environnement Canada, autant de particules fines dans l’atmosphère qu’une voiture intermédiaire qui parcourt 18 000 km.

Que les cheminées de deux ou trois chaumières perdues dans les campagnes fument en même temps n’est a priori pas un problème. Mais multiplions par 10 000 les foyers qui carburent au petit bois et ajoutons-y les effluves des pots d’échappement qui poireautent dans un bouchon de circulation, le chauffage industriel et résidentiel au mazout et autres enivrantes combustions urbaines.

Conséquence? Une triste décoction de polluants atmosphériques, parmi lesquels nous retrouvons le monoxyde de carbone (CO), l’oxyde d’azote (NOx) les composés organiques volatiles (COV), les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et autres trucs à dormir debout que personne n’aimerait voir saupoudrés dans ses céréales le matin. Mises ensemble, ces substances contribuent au smog hivernal, qui lui-même n’a rien de très réjouissant, puisqu’on lui attribue des effets indésirables sur la santé (toux, problèmes respiratoires, irritation des yeux et autres mochetés).

Sachant cela, faut-il envoyer à la ferraille nos bons vieux poêles à bois? Plutôt que d’aller se réchauffer entre le bœuf et l’âne, le consommateur est plutôt invité à choisir un poêle à bois certifié par l’Association canadienne de normalisation (CSA) ou son équivalent américain, l’Environmental Protection Agency (EPA). Ces appareils, certifiés selon la norme B.415.1-04, permettent une réduction de 80 à 94 % des polluants atmosphériques selon les conditions d’utilisation et le modèle choisi. Le foyer de masse, lui, est un autre type de poêle à combustion qui émet peu de substances dans l’air. Très performant et surtout très imposant, on le construit davantage dans les nouvelles demeures, dont la structure est adaptée au poids du gentil mastodonte.

Enfin, comme son nom l’indique, le poêle à bois est conçu pour brûler… du bois. De grâce, n’y brûlons pas différents détritus (plastique, bois traité) qui dégagent des substances encore plus nocives que celles déjà énumérées. Avec une utilisation parcimonieuse du chauffage au bois, en alternance avec d’autres sources d’énergie moins polluantes (électricité, gaz), le charme du feu de bois pourra heureusement continuer à opérer.

mardi 4 décembre 2007

Le côté paradoxal d'un joujou hivernal

Quand le mercure pique du nez et que les flocons tombent dru, l’automobiliste renoue généralement avec ses vieux cauchemars. Certes, se les geler dans une voiture givrée à 6 h 30 le matin n’est pas aussi agréable qu’un coucher de soleil à Tahiti. La technologie a heureusement, au fil des matins sibériens, pensé à nous. Balai-grattoir, pelle télescopique, antigel pour serrures et tout le saint-frusquin hivernal reprennent du service, ô joie, dès que la météo nous fait un pied de nez.

Ceux qui en avaient marre de retrouver, au petit matin, leur bagnole coincée au rayon du surgelé, ont frémi de bonheur en découvrant, il y a quelques années, le démarreur à distance. Finito banana, le siège cryogénique et le pare-brise couvert de frimas que l’on gratte en rouspétant à grand renfort de carte de crédit! Conçu pour diminuer le choc thermique de l’automobiliste, l’engin télécommande ni plus ni moins à la voiture de mettre une bûche dans le poêle et de préparer le terrain pour les foufounes frileuses. Très chouette.

Ce qui l’est beaucoup moins est le côté paradoxal de la vente de démarreur à distance. À quoi bon, en effet, partir en croisade contre la marche au ralenti des véhicules quand, deux coins de rue plus loin, on vend encore des démarreurs à distance? Faut-il aimer donner des coups d’épée dans l’eau pour d’un côté, supplier l’automobiliste d’éteindre le moteur de sa voiture quand il s’arrête pour plus que dix secondes, et de l’autre, autoriser encore la vente de démarreur à distance dont le temps d’utilisation se définit, lui, en (nombreuses) minutes!

Côté environnemental, le démarreur à distance constitue donc un véritable ennemi à abattre, sachant qu’il sert souvent à faire ronronner l’auto ad vitam aeternam dans l’entrée de cour. En marchant au ralenti, le moteur ne parvient pas à se réchauffer rapidement. Conséquemment, l’atteinte d’une combustion optimale du carburant est plus longue à atteindre, ce qui contribue au smog hivernal et aux émissions de gaz à effet de serre.

Côté mécano, l’effet n’est pas plus terrible, et même plutôt dévastateur. Car si la marche au ralenti permet à l’habitacle de la voiture de se réchauffer (de manière moins efficace qu’une auto qui roule, soit dit en passant), toutes les autres pièces et systèmes de la voiture en prennent pour leur rhume en demeurant paralysés par le froid ou en fonctionnant dans des conditions inadéquates, qui les feront s’user prématurément.
Pour ces multiples raisons, l’utilisation d’un chauffe-moteur s’avère un choix beaucoup plus judicieux que le démarreur à distance, tant pour la santé mécanique du véhicule que pour la qualité de l’air en général. Réglé à l’aide d’une minuterie pour faire son travail environ deux heures avant l’utilisation de la voiture, le chauffe-moteur permettra un démarrage immédiat malgré le froid de canard. Rouler lentement durant les premiers kilomètres laissera aussi le temps à l’auto de se dégourdir tout en douceur, même dans la froideur!

jeudi 22 novembre 2007

L'envers du trop vert

Il y a de ces individus qui nous paraissent, écologiquement parlant, fabuleusement irréprochables. Se privent de boire du café car le grain n’est pas produit localement. Chauffent minimalement la maison durant l’hiver et se vêtent en pelure d’oignon. Fabriquent eux-mêmes leur savon biodégradable. Détricotent leurs vieux pulls pour en faire des pantoufles. Pour ces gens, être plus catholique que le pape semble être une seconde nature, ce qui nous consterne.

Faire tout en son pouvoir pour réduire ses impacts environnementaux, c’est évidemment très bien. Mais conjuguer l’art d’être vert au plus-que-parfait peut parfois cacher un syndrome, semblable à celui des Gaulois qui craignaient que le ciel ne leur tombe sur la tête : l’éco-anxiété.

Holà! Sans insinuer que les comportements décrits en introduction découlent directement d’une écolo-déviance psychiatrique ou d’une angoisse de fin du monde amplifiée, les psychologues et autres spécialistes de nos bobos intérieurs ont récemment vu apparaître des symptômes intimement reliés au piteux état de la planète. En effet, les sujets souffrant d’éco-anxiété se révèlent particulièrement sensibles à l’abondance de mauvaises nouvelles à caractère environnemental. Comment?

Les bouleversements anticipés que causeront les changements climatiques, la désertification des sols, la présence de pesticides dans l’alimentation et la pollution en général génèrent, pour la plupart d’entre nous, un malaise, une inquiétude qui nous pousse à nous en tenir informés et à modifier raisonnablement nos habitudes de vie.

Chez les éco-anxieux, la réaction est poussée à l’extrême. Les prédictions peu réjouissantes des spécialistes du climat les empêchent carrément de dormir. L’idée de voir disparaître la banquise leur coupe littéralement l’appétit. Le moindre geste du quotidien (prendre une douche, utiliser une voiture) provoque un insoutenable sentiment de culpabilité. Les comportements peu soucieux de l’environnement de l’entourage sont perçus comme des attaques personnelles. En somme, ce qui est une préoccupation pour la plupart d’entre nous devient une cruelle obsession pour les personnes en proie aux sueurs froides, tremblements et crises de paniques propres à l’éco-anxiété.

Au-delà des nouvelles déprimantes concernant la qualité de l’eau, de l’air et de la Terre, c’est le ton alarmiste souvent employé pour décrire la débandade environnementale qui affecte si profondément ces personnes. C’est à ce moment que la thérapie sur mesure intervient. L’éco-thérapie vise à aider l’éco-anxieux à composer avec ses craintes et ses angoisses. À réapprendre à fonctionner normalement sans se mortifier toutes les fois qu’il consomme un espresso ou prend l’avion. À trouver un juste milieu entre la peur qui paralyse et la conscience environnementale qui pousse à agir… dans les limites du possible.

mercredi 21 novembre 2007

Une infestation de TIC

Manger bio-local-équitable. Se vêtir de façon éthique. Utiliser des produits de nettoyage écolos. Économiser l’eau et l’électricité. Réduire, réemployer, réutiliser, recycler, composter, covoiturer, amen. Si déjà vous posez la plupart de ces gestes, il y a de quoi vous sentir fier.

Mais si comme la très vaste majorité des Québécois, votre foyer est bourré de TIC (Technologies de l’Information et de la Communication), votre croisade vers un bilan environnemental parfait n’est pas terminée. Qui en effet n’a jamais eu à se départir d’un ordinateur désuet, d’une imprimante bicentenaire, d’un photocopieur néandertalien et d’un téléphone cellulaire complètement kapout? Qu’il se lève celui qui n’a jamais eu à traiter de près ou de loin avec l’un ou l’autre de ces malheureux engins.

Les TIC sont partout, toujours là pour divertir, rendre service et nous faciliter la vie cent fois par jour. C’est quand le glas sonne pour ces appareils que l’on déchante, car à l’instar de celles qui se dissimulent dans la fourrure de Pitou et Minou, éliminer les TIC n’est vraiment pas une sinécure. Surtout quand la durée de vie d’un appareil comme le cellulaire est d’environ deux ans. De vraies calamités que ces vielles TIC.

Parce que les matériaux qu’ils contiennent (plomb, béryllium, cadmium, mercure et cie) empoisonnent littéralement l’environnement si on les jette n’importe comment, se débarrasser des TIC n’est pas un jeu d’enfant. Dans ce contexte, à qui donc puis-je les léguer, pour l’amour?

À Sherbrooke, les éco-centres et certaines entreprises privées reprennent les vieux ordinateurs et cartouches d’imprimante. Ils seront ensuite reconditionnés ou démontés pour être recyclés. Au Québec, l’organisme Ordinateurs pour les écoles du Québec (OPEQ) remet en circulation du matériel informatique qui ne correspond plus au besoin des entreprises, mais qui fait amplement le bonheur des écoliers. Et récemment, certains magasins de produits électroniques à grande surface ont commencé à reprendre les TIC dont on ne veut plus.

Mais malgré tous les vertueux conseils reliés à la récupération et au recyclage de ces appareils, les TIC usagées et défectueuses demeurent difficiles à faire disparaître. Au fur et à mesure que ces produits gagnent en popularité, le problème relié à leur élimination s’accentue. Car il ne faut pas perdre de vue que bientôt, nombre de ces fabuleux gadgets seront brisés et irréparables ou carrément obsolètes.

Dans cette optique, il importe d’agir bien avant que le mal soit fait. Comment? En entretenant les TIC que l’on a déjà en sa possession. En prenant le temps, avant un achat, de bien évaluer et planifier ses besoins. En choisissant des appareils qu’on peut mettre à jour au fil des innovations technologiques et finalement, en exigeant des produits de bonne qualité et résistants, qui dureront longtemps.

mercredi 7 novembre 2007

Petits exercices de mémoire

Jeudi, jour de l’épicerie. À peine rentrée du travail, je farfouille rapidement dans les circulaires à la recherche de produits en vedette cette semaine. J’ai faim, je suis éreintée et dehors, il fait un de ces sales temps. Ça fait déjà deux jours que le frigo n’a plus que le pot de moutarde, la sauce soya et la boîte de petite vache à garder au frais. Je me résigne donc à affronter ces fichus vents et marées. En route vers le supermarché (à reculons).

En franchissant les portes automatiques, autre tuile. Aaaarrgghhh malheur! J’ai ENCORE oublié mes sacs réutilisables, nombreux et multiples, à la maison. J’en possède même une véritable collection, bien accrochée dans le placard près de l’entrée. Le problème n’est donc pas de ne pas avoir de ce type de sacs, mais bien, sainte-misère, de ne jamais m’en servir.

Plantée à côté des paniers, je me sens stupide et seule au monde. Tous les clients qui arrivent peu après moi pavanent fièrement avec leurs sacs, multicolores et de tous formats. Un point pour la terre entière, zéro pour moi. Comment ont-ils fait, ces individus, pour développer ce réflexe environnemental maintenant très répandu? Suis-je désormais la seule étourdie à arriver bredouille aux portes du temple de l’alimentation? Serais-je la dernière représentante de l’espèce humaine à en ressortir avec de misérables sacs froufroutants et fragiles, qui semblent prendre un malin plaisir à se pourfendre à mi-chemin entre le coffre de ma voiture et mon vestibule?

De retour à la maison (avec mes !@#??#*&{¤ de sacs de plastique défoncés) je décide que la plaisanterie a assez duré. À quoi bon accumuler des sacs solides, coquets et lavables si en bout de ligne je les laisse croupir entre balai, vadrouille et planche à repasser? Je ne peux pas me fier sur ma mémoire à trois sous? Qu’à cela ne tienne, j’userai désormais de stratégie, en trois étapes infaillibles.

OPÉRATION POIGNÉE DE PORTE
Quelle est la dernière chose que je fais en sortant de la maison? Ouvrir la porte. Eh bien à partir de maintenant, quand je tirerai la bobinette pour que cherre la chevillette, il y aura toujours, sur cette poignée, un sac réutilisable. Du moins jusqu’à ce que je développe l’habitude de l’amener avec moi. L’évidence me sautera alors au visage : « Ne pars pas sans tes sacs, pauvre sotte ». Merci du rappel.

SAC GIGOGNE À LA RESCOUSSE
Comme la plupart des dames, je possède un sac à main qui contient l’équivalent d’une semi-remorque de bidules hétéroclites. Tant qu’à transporter la moitié de mes avoirs sur moi, aussi bien y ajouter un ou deux sac réutilisables bien pliés, qui seront toujours à portée de main en cas de courses imprévues.

AUTO ENTREPÔT
Enfin, en laissant en tout temps quelques sacs réutilisables dans ma voiture, idéalement à côté du frein à main ou dans le coffre, je n’aurai plus aucune bonne raison de laisser mes sacs d’emplettes aux oubliettes, quitte à rebrousser chemin avant de faire mon marché, mon magasinage du temps des fêtes, mes courses éclair à la quincaillerie, ma tournée des librairies, ma razzia au centre-ville, ma visite à la friperie, ainsi soit-il…

Du mégawatt au négawatt

Éteindre les lumières en quittant une pièce. Se servir d’une bouilloire pour porter l’eau à ébullition. Mettre un couvercle sur les casseroles qui mijotent. Baisser le chauffage avant d’aller au lit ou de partir pour la journée. Remplacer les traditionnelles ampoules incandescentes par les fameuses spirales fluo-compactes. Calfeutrer les fenêtres, poser des coupe-froid aux portes et dans les prises de courant. Alouette.

Pour certains, ces actions pourtant simples peuvent déranger les vieilles habitudes jusqu’à devenir franchement agaçantes et non fondées. Pourquoi diable économiserait-on l’énergie, ici? Le Québec n’est-elle pas une championne en matière de production énergétique? L’hydroélectricité, source d’énergie propre s’il en est une, ne nous fournit-elle pas tout le courant dont on a besoin et ce, à un prix dérisoire? Certes.

Mais une électricité bon marché constitue pourtant une arme à double tranchant. Parce que les factures d’électricité que nous recevons ne nous ne saignent pas (encore) à blanc, nous ne nous fendons pas (encore) en quatre pour minimiser notre consommation énergétique. Or une nouvelle source d’énergie, révolutionnaire, carbure justement aux efforts de réduction. L’électricité produite à partir des négawatts n’utilise aucune ressource naturelle. Son installation se fait rapidement, dans tous les coins possibles et inimaginables. Même le plus empoté des bricoleurs peut se procurer gratuitement ce formidable système qui, jamais au grand jamais, ne flanche.

Le négawatt, c’est la version énergétique du néant. Ou l’art de réduire sa consommation d’énergie plutôt que d’en produire toujours davantage, pour satisfaire des consommateurs de plus en plus gourmands. L’énergie non utilisée devient ainsi disponible et évite la construction de nouveaux barrages, de nouvelles centrales ou autres technologies coûteuses et contestées. Le principe du négawatt est simple : il suffit de consommer moins d’énergie. Non seulement synonymes d’économies, les watts non consommés ici peuvent même devenir lucratifs lorsque vendus, par exemple, à un coût supérieur à nos voisins du sud. Voilà qui devient intéressant!

Apparu dans le paysage depuis quelques années, le négawatt demeure, malgré ses multiples avantages, terriblement méconnu. À l’approche de la saison froide et de son festival du chauffage et des décorations de Noël, faisons donc une place aux négawatts dans nos foyers. Nos compteurs d’électricité n’ont qu’à bien se tenir!

Coup de génie environnemental
Quoi de plus exaspérant que de recevoir, par la poste, du courrier indésirable et non sollicité. À plus forte raison quand cet envoi comprend, en plus d’une promotion XYZ dont on a rien à poncer, une enveloppe réponse pré affranchie. L’équipe des abonnements du magazine Québec Science a compris ce non-sens. Leur enveloppe « tout en un » a ceci d’ingénieux qu’elle contient un rabat, pré affranchi et pré adressé, qui se replie et se colle sur l’enveloppe déjà existante, déjà utilisée pour l’envoi. Comme quoi les plus petits changements font parfois toute la différence. Vivement que ce concept arrive aux oreilles des institutions de crédit!