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lundi 15 août 2011

La complicité

Elle en aura mis, du temps, Babou, pour digérer la présence de Petit Frère.

Dans les tous premiers jours de notre vie à quatre, j'ai eu droit à la froideur et à l'amertume d'un petit coeur brisé de 20 mois et demi. J'étais, les hormones aidant, en miettes. Avec l'impression de devoir quêter l'amour de ma petite fille, de la réapprivoiser, de me plier en quatre pour qu'elle comprenne que mon amour pour elle -- inconditionnel -- était inversement proportionnel au temps que je pouvais désormais lui consacrer.

Puis, à force d'efforts, au fil des jours, Babou a bien vu que Maman était toujours là pour elle, moyennant un peu de patience et d'autonomie. Pour elle, j'avais multiplié les petits moments de qualité. Bains ensemble, sorties au parc avec Petit Frère qui dormait dans la poussette-traîneau, histoires et jeux sitôt qu'il faisait la sieste. Tout ça a bien entendu contribué à rassurer Babou.

Tellement que j'ai eu rapidement l'impression de déshabiller Jacques pour habiller Jean, laissant parfois Petit Frère poireauter pendant que je divertissais sa grande soeur, ou accourait avec elle 36 fois par jour à la salle de bain pour prioriser son apprentissage de la propreté. Combien de tétées ai-je ainsi interrompues abruptement pour m'éviter des flaques de pipi à ramasser!

Découvrant par le fait même que mon Bb2 s'endurait nettement plus longtemps seul que ma première née, et que la simple présence d'une aînée en orbite autour de lui occupait fort bien mon poupon pendant de longues minutes.

Pendant les tous premiers mois de Petit Frère, Babou ne lui a jamais vraiment porté attention. Tout au plus un petit bisou par ci par là. Ou parfois, une petite marque de colère ou de jalousie, en bousculant les choses lui appartenant. C'est à ces signes que nous voyions qu'elle l'avait encore un brin de travers, Petit Frère.

Puis elle s'est mise à me demander où il était, quand celui ci était en sieste.

Puis je l'ai surprise à le faire rire à table, à le narguer gentiment avec sa biscotte en auto, à lui redonner compulsivement sa suce (qui semble être aimantée au plancher).

Puis à l'inclure systématiquement dans son énumération des membres de la famille. Papa, Maman, Petit Frère et Babou.

Quand on demande à Babou si elle souhaite qu'on garde Petit Frère, elle répond "oui" sans hésiter. Et nous regarde comme si nous avions eu la pire idée qui soit!

Hier, l'Homme s'affairait dans la cave. La petite jouait non loin de lui. Je devais aller chercher mon linge sur la corde avant que le ciel ne lui tombe dessus, alors j'ai amené Petit Frère jouer près de sa grande soeur.

Il y est resté près d'une heure. Les deux petits s'amusant ensemble en harmonie. Nous entendions de petits éclats de rire de bébé de temps à autres, à travers l'intarissable monologue bal-princesse-gâteau d'anniversaire-camping de Babou. J'ai même surpris Babou sur le vif, en plein flagrant délit de bisous sur la tête de Petit Frère, aussi ravi que surstimulé.

À 8 mois et demi, Petit Frère semble soudainement être devenu le complice officiel de sa grande soeur. Longue vie à ce lien privilégié propre à la fraternité!

vendredi 8 juillet 2011

La lettre d'amour

C'était une journée d'hiver. J'avais les yeux tuméfiés par mes nuits trop courtes. Mon bébé tout neuf flottait encore dans son habit de neige rouge 0-12 mois, c'est dire comme il était petit.

J'allais, comme toujours quand elle s'y rendait, chercher ma « grande fille » à la garderie vers les 16 h, en priant pour qu'elle soit déjà habillée, déjà en train de jouer dehors. La corvée de l'habillage de ma récalcitrante-presque-deux-ans-en-réaction-à-son-cadet, je pouvais très bien m'en passer.

Mais ce soir-là, les amis de la garderie n'étaient pas encore prêts à sortir. Je suis donc entrée avec le poupon dans un bras, prête au corps-à-corps quotidien du « je t'habille tu tortilles ».

C'est quelque part entre la jambe de salopette tournée à l'envers, l'enfant qui se laisse choir dans la flaque de neige fondue et le foulard égaré que l'éducateur de Babou m'a demandé de rédiger, pour le lendemain, un petit mot à ma fillette. Pour souligner la journée de l'enfant, ou de la famille, je ne me souviens plus trop bien.

Moui, bon, d'accord -- veux-tu te tenir debout saint-/$%"/%!"/Q%"/, reprends ta suce toi, oui tu as chaud mon amour, maman aussi, vite on sort -- je vais tout faire pour y penser! promis-je.

Quelque part en soirée, j'ai réussi à le coucher sur papier, ce petit mot de trois lignes et demi.

Ma chère petite Babou,
J'aimerais te dire à quel point je suis fière d'être ta maman. Tu mets beaucoup de soleil dans ma vie. Tu es drôle, coquine et tellement intelligente. Tu nous surprends toujours avec ton imagination. Je suis contente que tu t'intéresses à ton petit frère. Maman est choyée d'avoir d'avoir une petite fille comme toi. Je t'aime ma belle Titi d'amour,
Maman É.
XXX

J'ai, pour compléter le tout, apposé un petit autocollant de chien dans le bas à gauche.

Du plus loin que je me souvienne, j'ai adoré écrire. J'ai cette facilité avec les mots, ce don qui fait que sans effort, j'amène mon lectorat ailleurs - au pays des grandes émotions - pour pas un rond. J'en ai fait ma profession, armée de mon baccalauréat en rédaction.

Mais là, avec cette toute petite lettre de trois sous, tellement courte, tellement simplette, tellement composée sur le coin de la table par une maman agonisante de sommeil, tellement rédigée avec un stylo anonyme sur un bloc note recyclé, avec des mots si peu recherchés, j'ai tout de même tapé dans le mille.

Le lendemain, à la garderie, les éducateurs ont lu à chacun des amis la lettre d'amour rédigée par leurs parents. Les enfants étaient, semblent-ils, excessivement ravis et fiers. Ils ont en échange bricolé une enveloppe pour y ranger leur souvenir. Qui trône depuis dans la bibliothèque de la chambre de grande fille.

Ma puceronne conserve précieusement ce qu'on appelle entre nous « La lettre d'amour ». Ma théorie? Ce mot est probablement arrivé à point dans sa toute nouvelle vie de grande soeur, dans cette période pas si lointaine où elle apprenait à la dure qu'un petit garçon gros comme un pou qui lui avait chipé sa place.

À l'occasion, à l'heure du dodo, après les livres et les berceuses, Babou me demande de la lui lire, la lettre d'amour. Puis elle me l'enlève des mains en chuchotant « j'ai capable » et elle se met à réciter à voix toute basse les petites phrases qui lui sont destinées.

Et systématiquement, je fonds.



mardi 19 avril 2011

Convertir les pertes en privilèges

Si on lui demandait quels sont les avantages actuels d'avoir un petit frère, Babou n'aurait pas grand chose à dire.

Avant même que j'accouche de mon merveilleux fils, une amie qui venait d'accueillir son deuxième enfant me racontait avoir lu quelque part que pour un aîné, l'arrivée d'un petit frère ou d'une petite soeur n'apporte que des pertes -- pour les premiers temps du moins.

Perte de l'exclusivité parentale, de jouets ou objets qui appartiennent désormais au bébé. Perte de toute l'attention que les visiteurs nous portaient depuis la naissance.

Nous avons pu l'observer avec notre petit sujet qui avait 20 mois et demi à l'arrivée de Petit Frère. Elle n'a pas trouvé drôle la première fois où on a installé notre nouveau-né dans SON porte-babou. Même histoire avec le siège vibrant, la balançoire, la sauteuse, le siège Bumbo, les biberons, la suce, les jouets de dentition et même les couches! Si elle avait pu, Babou aurait volontiers porté les formats 1-2 de Petit Frère pour bénéficier des mêmes privilèges que lui.

On apprend à gérer ces petits deuils, qui se traduisent en débordements de possessivité, en crises de jalousie, en grosses larmes sincères nées de la difficile notion de partage.

Puis Babou a eu deux ans. Dans ma tête, c'est l'âge où on accède peu à peu à l'enfance en laissant le petit bébé derrière soi. Je le vois bien que les jambes de ma poulette ont tellement allongé en quelques mois! Que ses petites rondeurs de bébé l'ont quittée presque partout, sauf dans les joues!

J'entends très bien ses phrases complètes qui me scient parfois les jambes, autant que j'applaudis ses initiatives de rangement de jouets, d'aide au moment de mettre la table et de réconfort de Petit Frère quand je suis occupée ailleurs pendant quelques secondes.

Elle grandit, ma toute belle, et ça me donne le goût de lui faire apprécier - et non plus craindre - cet inévitable phénomène.

Hier, Babou a, comme tous les matins depuis que je ne l'allaite plus, bu son biberon matinal dans son lit. Quand j'ai découvert qu'elle l'avait dévissé alors qu'il était encore bien plein, et que j'ai par la suite dû faire trois brassées de lavage pour venir à bout de ce dégât, j'ai décrété haut et fort : FINI le biberon!

J'avais toujours fait fi des recommandations d'enlever le biberon matinal à 12 mois. C'était le seul qu'elle buvait de toute façon, elle qui n'a jamais eu de suce ni de pouce à téter (allez me faire croire que ses dents seront désenlignées avec une tétine dans la bouche 5 minutes par jour...).

Ma fille aimait le rituel et nous, appréciions qu'elle relaxe en buvant son lait au lit pendant quelques minutes, dès son réveil. Et il n'y aurait pas eu de pire momentum que de le lui enlever au même moment que Petit Frère débarquait dans nos vies.

L'épisode d'hier fut la (les) goutte qui a fait déborder le vase. Je lui ai expliqué, alors qu'elle hurlait de désespoir en voyant son dernier biberon aboutir à demi-vide dans l'évier, qu'elle perdait effectivement son biberon. Mais que j'irais le jour même lui chercher un verre de GRANDE SOEUR à la pharmacie. Un truc de princesses, tout rose, la totale pour une fillette quoi!

Ses grands yeux se sont allumés. J'ai senti que la notion de privilège était maintenant à sa portée, et que nous devrions désormais user de cette stratégie pour l'aider à grandir.

Non pas que je veuille pousser ma toute-petite en bas du nid. Mais plutôt lui faire miroiter les avantages d'accéder à de nouvelles étapes.

Depuis une semaine, elle revient de la garderie en marchant près de moi et de la poussette où roupille Petit Frère. Elle adore courir, sauter dans les flaques d'eau, prendre le temps d'observer ses points de repère.

Prochain objectif, l'introduire doucement vers la propreté. Je soupçonne Babou d'être pleinement consciente de ses sphincters, mais de vouloir conserver encore précieusement les changements de couches, moments où elle bénéficie de toute notre attention.

Petit coeur, va. Lentement mais sûrement, je le sens, les pertes deviendront pour elle des privilèges. Simple question de perspective!

jeudi 21 octobre 2010

Une herbivore parmi nous

Babou est une enfant gustativement curieuse. Probablement est-elle encore à cet âge béni où les caprices, dédains et refus de goûter ne font pas encore partie de son répertoire identitaire. Nous, ses parents, en sommes terriblement heureux. Carpe diem et touchons du bois.

Faut dire qu’elle ne sort pas de la boîte de croque-nature du voisin, cette petite. Chez nous, en ce moment, il n’y a autour de la table que des bonnes fourchettes. Des palais qui apprécient la nouveauté, la différence, les tests, les essais. La nourriture sous toutes ses formes et expressions. Et qui savent se foutre la gueule des (rares) erreurs en les mangeant coûte que coûte.

Ceci dit, l’art de la table demeure, sous nos latitudes, vite fait bien fait, pas trop cher et nourrissant. Impatiente comme pas une avant de passer à table, ce n’est pas Babou qui va se plaindre du forfait express-écono-santé qu’on lui sert de notre mieux.

Toujours est-il que là où Babou réussit - encore une fois – à me surprendre, c’est par sa curiosité culinaire qui s’étend bien au-delà de l’art de la table.

Qu’elle s’improvise une collation sur le pouce d’un morceau de biscotte retrouvé derrière son bac à jouets, ça va. Qu’elle ne fasse qu’une bouchée de toute une variété de MNI (miettes non identifiées) qui fréquentent notre plancher passe encore.

Mais qu’invariablement, soir et matin, en sortant sur le balcon, elle prenne d’assaut le pot où pousse depuis l’été le basilic familial, s’installe devant, arrache les feuilles une à une, les mastique religieusement en se délectant bruyamment, ça, je ne m’y habitue pas.

Babou vous le dirait bien mieux que moi : « Hum, c’est bon basilitte! »

Si bon que les pauvres plants ne sont plus que chicots, grignotés jusqu’à la dernière trace de feuillage. Pas pour rien que depuis deux mois, j’associe le retour à la maison à un irrésistible arôme de cette enivrante herbe fine, qui suit mon enfant à la trace.

Ce matin, Babou a frappé un mur quand elle a réalisé qu’elle avait mis à sac son potager privé. Faute de pain, on mange de la galette. Elle a changé son fusil d’épaule en jetant son dévolu sur la talle de ciboulette, encore plutôt bien portante en cette mi-octobre.

Pour la fragrance « petit oignon portatif », on repassera. En revanche, le spectacle d’une puce de 19 mois qui pioche goulûment dans la plate-bande demeure, quant à lui, un véritable délice pour l’œil.

Incroyable Babou, va!

mardi 28 septembre 2010

Ma théorie sur le choix d'un prénom

J'ai choisi, pour mes deux grossesses, de ne pas connaître à l'avance le sexe de mon enfant. Je savais sans l'avoir vécu que je mériterais une surprise d'une telle ampleur après l'accouchement. Et je n'avais pas tort, car me voilà qui réitère pour ce deuxième bébé.

Parce qu'on n'en connaît pas le genre, certains pensent peut-être qu'on se complique la vie pour dresser la liste, puis choisir ce prénom qui nous plaira pour toujours. Eh bien même pas.

J'ai une théorie à ce sujet. J'ai l'impression que le prénom qui sied le mieux à notre enfant nous choisit, et ça n'a rien d'ésotérique. Pas plus que d'entrer dans une librairie et de faire un face à face avec LE livre qu'on a besoin de lire à ce moment précis de notre existence.

J'ai une anecdote à ce sujet, vécue pendant ma première grossesse.

Le papa de Babou est, disons-le, assez catégorique dans ses préférences en matière de prénom. Malheureusement, la créativité, la recherche et le plaisir de comparer les prénoms ne font pas partir de sa liste de tâches ménagères (sommes toutes très très bien garnie, loin de moi l'idée de me plaindre à ce sujet).

Toujours est-il que dans ce bateau, c'est toujours moi qui rame. Propose ceci. Suggère cela. Tout est refusé en bloc, ou presque.

Nous avons trouvé le prénom masculin potentiel de Bb1 en allant acheter le deuxième test de grossesse, au jour 2 de retard de mes règles. Nous marchions dans la rue puis BANG!, ce prénom est sorti de nulle part, m'est apparu dans la tête et monsieur a approuvé, conquis lui aussi. Après ça, plus question de lui proposer autre chose. C'était LE prénom.

Que nous aimions tant et si bien que nous le recyclons pour Bb2, si jamais la tornade qui me ravage la cage thoracique depuis plusieurs semaines s'avère être un petit coquin masculin.

Pour trouver le prénom de Babou, ce fut un peu plus long et fastidieux. Au bout de quoi, 12, 15, 19 semaines de grossesse, nous hésitions encore entre deux ou trois prénoms pour petite fille. J'en avais bien proposé deux ou trois centaines, quasiment toutes repoussées du revers de la main.

Puis un jour où nous étions sur le lit (je me souviens que j'étais couchée sur le ventre, donc je ne devais pas avoir encore le bedon trop rond), deuxième BANG! Un prénom de fille que je n'avais jamais entendu nulle part m'est sorti de la bouche. A plu instantanément à mon difficile conjoint. Affaire classée. Nous étions en amour avec nos deux prénoms, nous étions prêts à accueillir autant une fille qu'un garçon!

Quelques semaines après l'accouchement, ma mère m'a raconté cette anecdote. Ma fille porte en fait le prénom de la cousine propre de ma mère, une dame maintenant octogénaire, dont je n'avais jamais entendu parler. Voyant que sa petite-fille portait le prénom de sa cousine, ma mère l'a téléphonée quelques temps après l'arrivée de Babou pour l'en informer, pour le plaisir, et surtout pour prendre de ses nouvelles. Elles ne s'étaient pas parlé depuis des dizaines et des dizaines d'années!

Cette dame lui a alors confié qu'elle allait, quelque part dans les années soixante, remonter les oreillers de son mari alors hospitalisé, et faisait quotidiennement un petit crochet par la chambre de mon grand-père, son oncle, admis au même moment dans le même hôpital.

Le jour de la sortie d'hôpital de son mari, la cousine de ma mère est passée voir mon grand-père. Lui a parlé, l'a réconforté et ne le trouvant pas bien, lui a dit qu'elle irait avertir l'équipe de garde de son état. Il lui a répondu : "R-A, je vais penser à toi quand je serai au ciel".

Elle est partie inquiète en avertissant le personnel de l'hosto que mon grand-père semblait mal. Quand ils sont allés le voir pour vérifier son état, mon grand-père n'y était déjà plus.

On me l'a toujours décrit comme un homme formidable, chaleureux, engagé, bon vivant, a-d-o-r-a-n-t les petits enfants. Décédé bien trop tôt, à 68 ans, à une époque où les pontages n'étaient pas encore tellement d'usage. Bien qu'il ait quitté ce monde 5 ans avant ma naissance, il m'a toujours réellement manquée. J'aurais tellement aimé le connaître!

J'aime à penser que c'est lui, du haut de sa bonne étoile, qui m'a soufflée dans le coeur le prénom si doux de son arrière-petite-fille.

vendredi 13 août 2010

Raison/passion : une histoire de toutou

Babou n’est pas un bébé à suce. On a bien tenté, quelques semaines après sa naissance, de lui faire adopter le concept, alors qu’elle passait sa vie le nez enfoui dans mon corsage et que je ne voyais pas le bout de cette symbiose. Rien à faire : la chose lui ressortait de la bouche sitôt qu’elle entrait en contact avec celle-ci.

Ce qui a longtemps réconforté Babou, c’était mon petit doigt, qu’elle avait si souvent dans la bouche que je pensais en perdre mon ongle. Il était devenu tout sensible! Cette affection pour mon auriculaire s’est toutefois avérée passagère. Du jour au lendemain elle n’y trouva plus le moindre intérêt ni réconfort.

Babou n’était pas non plus un bébé à doudou. Bah, il a y avait bien cette couverture blanche en laine, qu’elle semblait priser un peu plus que les autres… je l’ai laissée faire, se rouler dedans à l’heure du dodo, pensant qu’elle devenait peu à peu son objet fétiche. Jusqu’à il y a quelques semaines, jour où j’ai trouvé d’où provenaient ces centaines, voire ces milliers de petites mousses blanches partout dans son lit et sur le plancher de sa chambre.

Après avoir observé son petit manège, j’ai découvert que lorsque je la couchais pour la sieste ou la nuit, Babou aimait arracher avec ses dents les petites moumousses de sa couverture de laine compressée. À un tel point qu’un beau samedi, en étendant le linge sur la corde, les petites mousses s’envolèrent comme si une tempête de neige s’était abattue sur le jardin en plein mois de juillet.

Aussi bien dire que je ne lui ai pas redonné ladite couverture. Et qu’elle ne s’en est jamais plainte. Pas une vraie doudou, donc.

Puis il y a aussi eu la gigoteuse (ou dormeuse, savez, ce sac de couchage à bretelles dans lequel on « zippe » le bébé pour le tenir au chaud même si aucune couverture ne résiste à son sommeil agité). Babou a pratiquement dormi dans une gigoteuse de sa naissance jusqu’aux grandes chaleurs de juillet. Si elle ne l’avait pas, pas moyen de la faire s’endormir, surtout pour les siestes. Puis quand la canicule s’est abattue sur nous, la gigoteuse a pris le chemin des oubliettes, et y est restée. Sans, encore une fois, le moindre traumatisme chez Babou.

Durant la difficile période où j’ai appris à Babou à s’endormir seule (lire : la laisser pleurer quelques temps, ça n’aura duré qu’un jour ou deux au final), j’aurais donné ciel et terre pour que ma fille ait une doudou, un toutou, une suce, n’importe quoi qui puisse la calmer et l’aider à trouver le sommeil sans pleurer. Mais c’est toute seule qu’elle y est finalement parvenue.

À son entrée à la garderie, comme Babou n’avait pour ainsi dire pas d’objet de réconfort, je lui ai envoyé une couverture quelconque et un des toutous avec lequel elle s’amusait parfois. Je me disais qu’à défaut de la réconforter en notre absence, ça lui rappellerait sa maison, son lit. Ses siestes n’étaient pas fabuleuses, mais je mettais ça sur le compte de l’adaptation, qui est normalement étalée sur quelques semaines.

Puis la garderie a fermé durant trois semaines, pour les vacances. Babou n’y est retournée que lundi dernier. Pendant les vacances, elle avait développé un intérêt croissant envers un de ses toutous – qui porte le nom très original de Beau Toutou. J’ai remarqué qu’elle avait particulièrement apprécié sa présence pendant la fin de semaine passée au chalet de mes parents. Surtout à l’heure du coucher. J’ai donc enjoint le papa de Babou d’envoyer Beau Toutou à la garderie et surtout, de grâce, de le ramener le soir.

Or depuis lundi, Babou ne fait pratiquement plus rien sans Beau Toutou. Sitôt arrivée de la garderie, elle le réclame. Elle l’amène partout avec elle. Pleure de détresse quand on lui enlève pour des raisons évidentes (laver les mains, manger).

Pour limiter les dégâts, on doit le déposer à proximité, ou à tout le moins dans son champ de vision, sinon la terre tremble. Il s’en est même fallu de peu pour que Beau Toutou ne prenne lui aussi son petit bain l’autre soir. Je l’ai attrapé au vol et ai eu droit à une belle crise d’angoisse que j’ai mis de longues minutes à calmer, à force de plouf! dans l’eau! avec les poissons en caoutchouc et de bonnes blagues de maman.

Finalement, à 17 mois, ma fille a soudainement un objet de réconfort. J’imagine que c’est sa façon à elle de se sentir mieux pendant les journées à la garderie, sans son papa.

Autant je m’en réjouis, autant je ne sais pas trop comment réagir. Dois-je limiter l’accès à Beau Toutou? Je ne crois pas. Mais ce coup de foudre va-t-il prendre de l’ampleur? Diminuer? Va-t-il falloir me battre avec Babou pour lui enlever Beau Toutou à l’heure du bain, tous les soirs, ou aux repas?

Vous qui avez vécu ou vivez la même chose, que faites-vous?

dimanche 27 juin 2010

Surprenante mémoire lactée

De plus en plus, j'intègre la notion de bébé-dans-le-bedon-de-Maman à ma Babou. Bien qu'elle soit toute mini bébé naissant (dans mon coeur), je sais qu'il s'en passe, des choses, dans sa mignonne caboche. J'ai même l'impression, souvent confirmée, qu'elle comprend beaucoup plus de choses qu'on peut le croire.

Souvent, elle colle sa tête sur mon ventre quand je lui offre d'écouter le bébé. Avec Dougoutigui (sa poupette toute rose), on colle-colle, on donne des bisous, on berce-berce. Tout ça pour qu'elle comprenne doucement qu'un bébé beaucoup plus petit et fragile qu'elle sera parmi nous dans quelques mois.

Or toujours dans cette optique, je lui montrais, hier soir, un livre très esthétique sur le dodo des bébés. Le contenu un peu simplet est accompagné de magnifiques photos de bébés qui dorment ou qui sont sur le point de.

Sur l'une d'entre elles, on voit un poupon boire au sein de sa mère. Je dis spontanément à Babou (15 mois) : Oh, le bébé boit le doux-lait de maman!

Et Babou (je répète, 15 mois) renchérit : doux-lait, sein! et tout ça, en tapotant de sa dodue minotte mon décolleté. Sous le regard pantois et démonté de ses parents.

Ceci m'amène à m'interroger sur la capacité de mémorisation des bébés. J'ai pour ma part un souvenir très net de ma fête de deux ans. Je me souviens être tombée de ma chaise et m'être cognée la tête sous la table.

Mais là, 29 ans plus tard, c'est au tour de ma Babou de me jeter par terre. J'ai cessé de l'allaiter il y a un mois, donc c'est normal qu'elle se souvienne de ces moments de tendresse, ça ne remonte quand même pas à Mathusalem.

Mais jusqu'où se souvient-elle de l'allaitement? Du dernier soir où elle a eu son doux-lait, il y a un mois? De tous ces après-midis dans le fauteuil inclinant-pivotant-berçant? De tous ces matins dans le lit parental? Se souvient-elle d'une expérience globale d'allaitement ou d'un seul moment marquant en particulier?

Toujours est-il que je suis fière, enorgueillie même que ma petite ait encore souvenir d'avoir été nourrie au sein. Ça me fait tout chaud au coeur de voir ses yeux pétiller de joie, qui expriment une fébrilité indescriptible que je comprends être une forme de "merci maman pour tout ce doux-lait".

Je souhaite entretenir ce souvenir pour qu'il demeure bien vif à sa mémoire, afin qu'elle trouve normal de me voir nourrir ainsi pendant des mois/années le petit chou à naître début décembre. Et qu'elle raconte plus tard à ses copines que sa mère l'a allaitée, et qu'elle espère faire de même avec ses propres poupons.

mercredi 16 juin 2010

La garderie, cette inconnue

Bientôt, Babou prendra le chemin de la garderie. Graduellement, à raison de quelques heures par jour pendant tout l'été, notre toute petite mini croquette ira jouer avec des amis de sa grandeur et apprendra les rudiments de la vie sociale loin des yeux de son papa.

Je nous trouve incroyablement privilégiés de pouvoir ainsi amener doucement notre petite fille vers une nouvelle routine, sans nous et loin -- c'est relatif -- de la maison.

Pas (encore) de course folle le matin. Pas obligée d'y aller de 7 à 17 h. Et pas tous les jours si le coeur n'y est pas. Jusqu'au début septembre, ce sera de façon aléatoire que Babou ira se tirailler avec ses camarades pour avoir le même verre à bec ou pour manger avant les autres.

Qui plus est, je nous considère épouvantablement veinards d'avoir déniché ce milieu familial situé à trois rues (donc 5 minutes à pied) de la maison. Le truc à 7 $ par surcroît, sous la responsabilité d'UN éducateur. Donc, encore une fois, une transition douce pour Babou, qui passera de "journées avec papa" à "journée avec éducateur". Homme pour homme. Je trouve ça positif.

Babou vient d'avoir quinze mois. Je suis de retour au travail depuis trois mois, et son papa, à la maison avec elle depuis autant de temps. Il y a trois mois, la seule idée de savoir mon enfant à la garderie pendant que j'étais au boulot m'aurait été insupportable. Assez pour refuser l'offre qu'on m'avait faite.

Trois mois plus tard, je sens ma fillette prête à prendre un tout petit peu le large. Plus forte, plus affirmée, plus confiante en elle et en nous. Je sais qu'elle sait que nous serons toujours, toujours là pour elle.

En trois mois, elle a passé sans aucun problème une nuit et une journée complète sans nous (période durant laquelle nous avons relaxé tout en ne parlant que d'elle). À notre retour, elle était calme et contente de nous voir. Pas de cris, pas de rancune, pas d'insécurité.

Deux ou trois semaines plus tard, j'ai arrêté de l'allaiter. Encore une fois, tout s'est passé en douceur, mieux que tout ce que j'avais pu imaginer.

Toutes les fois que nous avons de la visite ou que nous allons chez des gens, Babou se fond dans le décor et fonce en toute confiance et curiosité à la découverte des nouvelles personnes ou des objets qu'elle ne connaît pas encore.

Quand nous avons visité la garderie qui bientôt l'accueillera, au bout de cinq minutes, Babou a tendu les bras à l'assistante (aussi conjointe) de son futur éducateur. Après quoi elle est partie seule et pleine d'enthousiasme semer le bordel dans la salle de jeu déserte. Toute seule.

Est-ce le fait d'avoir un peu coupé le cordon avec sa maman? Est-ce le fait d'être maintenant davantage avec papa? Je la sens plus "grande fille", plus prête à vivre des journées entières sans nous.

C'est peut-être un peu vilain de ma part, mais je suis terriblement heureuse de ne pas avoir à vivre l'odieux des premiers matins à la garderie. Bon, oui, je m'en ferai pour elle et serai pendue au téléphone à attendre des nouvelles de son papa dès qu'elle sera de retour à la maison, mais au moins, je n'aurai pas à lancer mon bébé dans les bras de l'éducateur, à m'enfuir pour aller sangloter tranquille dans la haie de cèdre et arriver au bureau les yeux tuméfiés d'invraisemblables allergies.

C'est son papa qui, dans deux semaines, ira la reconduire le matin à la garderie avec la gorge serrée et les yeux pleins écarquillés de je-fais-semblant-que-je-n'ai-pas-de-peine. Je ne peux m'empêcher d'être soulagée qu'on me dispense de cette tâche.

Ma petite fille grandit, et pour une fois, ma fierté de la voir s'épanouir fait la barbe à mon habituelle nostalgie.

Peut-être qu'après tout, en tant que maman, moi aussi je grandis...

jeudi 3 juin 2010

Le bon doux-lait ou la fin des haricots

À quatorze mois et demi, Babou a eu sa dernière tétée de bon doux-lait de maman.

Ça s'est passé la semaine dernière, tout naturellement. Depuis que j'avais repris le boulot, je m'étais farouchement réservé le matin et le soir pour allaiter mon irrésistible progéniture. C'était notre moment de retrouvailles après un bon dodo, avant que je reparte pour le bureau, et avant d'aller au lit.

Ça se passait relativement bien. Puis, est-ce la grossesse, ou la fréquence des tétées qui avait diminué, j'ai senti que j'avais de moins en moins de doux-lait pour ma Titi. Elle ne s'en plaignait pas, je crois en fait que juste d'être collée sur maman, dans la pénombre silencieuse de sa chambre, la comblait.

Un matin, puis deux, puis trois, elle s'est réveillée en criant, pleurant et tempêtant, avant et après la tétée. Je trouvais triste que ce moment de calme serein se transforme en moment de discipline et de cris. J'ai décidé de ne plus lui offrir sa petite ration matinale. Faut dire aussi - est-ce encore une fois ma grossesse? - que ma patience n'est pas toujours à son zénith à 5 h du mat et des poussières.

Pendant un temps, Babou a très bien géré la tétée du soir. Puis il y a environ deux semaines, le lait se faisait VRAIMENT plus rare, elle s'agitait de plus en plus pendant le 3 minutes que le boire durait. De thérapeutique, ce moment m'est soudainement apparu comme franchement désagréable, à la limite de la corvée.

Un soir, j'ai suggéré à l'homme de lui refiler un biberon de 3,25 % pour voir s'il arriverait à la mettre au lit sans qu'elle ne réclame mon doux-lait. Si ça a marché! C'est comme si cette enfant là n'avait jamais vu un sein maternel de sa vie. Au lieu de me vexer, cette transition fastoche m'a rassurée.

Le lendemain par contre, j'avais la devanture en béton, douloureuse du front jusqu'au genou et j'exagère à peine. Au bureau, à partir de midi, je ne rêvais que de mon bébé s'y abreuvant goulûment et du soulagement maternel immédiat s'ensuivant. À 19 h, je suis arrivée à la maison juste à temps pour la cérémonie du doux-lait.

Bébé a bien accompli sa besogne. Le fait d'avoir sauté une journée avait (pour elle) l'avantage de lui garantir une bien meilleure tournée lactée! Le tout s'est terminé avec un burp de satisfaction et un de ces beaux dodos...

Le lendemain soir, je voulus réitérer, me rappelant de l'agréable tétée de la veille. Babou eut beau s'évertuer à téter, au bout de plusieurs minutes de labeur, toujours pas de réflexe d'éjection. Je l'ai lentement interrompue. Je l'ai doucement bercée dans mes bras. Elle était toute calme, ma grande fille, elle ne pleurait même pas, et ce, même si elle n'avait pas eu droit à une seule petite goutte de doux-lait.

Je l'ai couchée dans son petit lit, avec Le Beau-Toutou et La-Doudou-Douce-Avec-des-Tas-d'Étiquettes. Je suis sortie de la chambre doucement.

Ce fut la dernière tétée de mon bébé.

Je suis plus triste à le raconter qu'au moment où je l'ai vécu, car à la vérité, j'étais rendue là. Je ne me suis jamais fixée d'objectif d'allaitement. Je pensais que Babou, en soufflant ses deux bougies, aurait encore droit à mon doux-lait. Je pensais que mes bébés auraient deux ans et demi au moins de différence.

Finalement on ne peut pas tout prévoir. La vie décide parfois à notre place. J'aurais pu m'acharner et restimuler la lactation. Mais maintenant, avec un recul de quelques jours, je suis en mesure d'affirmer que j'avais BESOIN d'une pause d'allaitement entre mes deux bébés. Dans 5 mois, j'en aurai un tout neuf à nourrir aux 1 h 30 - 2 h, s'il est comme sa grande soeur.

Une pause bien méritée.

J'ai adoré allaiter Babou. Maintenant, j'adore la tenir serrée contre moi, dans la pénombre silencieuse de sa chambre, et lui fredonner sa berceuse préférée. L'entendre me dire "Babaille Mamôôôn" à travers sa porte, que je referme tout doucement.

Le lait maternel n'est plus, mais l'amour lui, grandit encore chaque jour...

jeudi 11 mars 2010

Un an plus tard... la naissance de Babou

Chère petite Babou,

Il y a un an, j'étais affalée sur le divan avec un gros bol de popcorn. C'était un soir de pleine lune et ton papa et moi, nous regardions une émission insignifiante à la télé. Pendant une pause publicitaire, je lui ai fait part d'un tiraillement que je ressentais dans une hanche...

Vers 22 h, nous sommes allés au lit. Je me suis endormie comme une bûche. C'est un autre tiraillement, dans le ventre cette fois, qui m'a tirée de mon sommeil. 23 h 30. Même histoire à 23 h 35, puis à 23 h 40. Me doutant bien de ce qui se tramait, j'ai averti ton papa que tu te préparais fort probablement à arriver parmi nous. Il est immédiatement allé me faire couler un bain, dans lequel j'ai mariné une vingtaine de minutes, juste assez pour confirmer que mes contractions s'intensifiaient. Après avoir téléphoné à la maternité, qui nous attendait, nous avons plié bagage.

Entre deux contractions, j'ai appelé ma maman à moi. Il était environ une heure du matin, je l'ai réveillée, bien entendu, mais qu'importe, je tenais absolument à ce qu'elle pense à moi durant les heures à venir. Puis nous sommes partis, ton papa et moi, pour l'hôpital, sous une petite neige fondante de début mars. Nous ne t'attendions que pour le 15, soit quatre jours plus tard. Dans quelques heures, je t'aurais dans mes bras, toi le petit garçon aux cheveux noirs ébouriffés que je voyais dans presque tous mes rêves depuis des mois. Toi mon petit Éloi.

En route, j'ai eu deux ou trois contractions. Ton père a fait une farce quelconque - je ne me souviens plus de quoi il s'agissait au juste - mais je ne l'ai pas trouvée drôle. Je lui ai dit que c'était la dernière blague qu'il faisait pour le reste de mon accouchement. Même au tout début du travail, je n'avais pas tellement envie de rire!

Ton papa est arrivé en trombes devant l'entrée des urgences. Il m'a assise dans une chaise roulante pour monter à la maternité. Je n'ai que très peu de souvenir de mon arrivée à l'hôpital. Si ce n'est que dans la salle de tri, je ne savais pas trop comment me placer pour supporter mes contractions, encore aux 5 minutes. Après environ un siècle d'attente, mon médecin m'a examinée et nous a confirmé ce que nous savions tous : tu serais parmi nous dans les prochaines heures! "Tu veux accoucher naturellement? Je vais t'aider à y arriver", m'a dit la merveilleuse Dre Bissonnette.

La suite est longue. Car c'est long, mon bébé, un accouchement. Et puis ça fait mal. Mais la douleur est compensée par la hâte de rencontrer la cause de tout ce mal. Pendant ce qui m'a semblé des heures, ton papa et moi avons marché dans les couloirs de l'hôpital. À chaque contraction, je m'appuyais sur les rampes le long des murs et lui me massait le dos, avec une huile qui sent tellement bon la lavande et que j'avais acheté exprès pour accoucher.

Puis j'ai obtenu mon admission à l'hôpital, et on m'a assigné une chambre. Avant de m'y rendre, je suis allée dans le grand bain, pour essayer de changer le mal de place. Comme seuls les massages de ton papa me soulageaient et qu'étant à côté du bain, il ne pouvait s'exécuter, je suis assez rapidement sortie de l'eau pour retourner dans la chambre. Papa a repris du service avec ses massages et points de pression. Après chaque contraction (ce qui faisait bien rire ton papa et les infirmières), j'avais le hoquet et mon corps était parcouru de frissons. Vraiment, je ne contrôlais plus rien dans mon corps!

Vers 6 h du matin, j'ai demandé à ton papa de téléphoner ta marraine pour lui dire que tu t'en venais. Je lui ai aussi dit d'appeler Geneviève, notre très chère amie qui voulait tant assister à ta naissance et immortaliser chaque moment avec son appareil-photo. Jusqu'à la dernière minute, j'avais hésité à accepter son offre. Puis ce matin-là, j'ai eu la certitude d'avoir besoin d'elle, de son expérience et de sa présence bienveillante.

Comme il n'a pu la rejoindre, vers 8 h 30, je lui ai redit : rappelle Geneviève. Elle s'apprêtait à quitter la maison quand elle a eu notre appel. Elle est arrivée très peu de temps après, discrète, professionnelle, indispensable. Entre deux photos, elle a aidé ton papa à me soulager avec des compresses d'eau chaude, des conseils. Ton papa, fatigué et ému, a accueilli avec soulagement ce précieux renfort, surtout que ma situation devenait de plus en plus inconfortable. Voire atrocement douloureuse.

Nous étions le 11 mars en avant-midi. À plusieurs reprises, dans un brouillard d'endorphines, j'ai demandé "est-ce que ça achève? ". Oui, oui, ça va bien, ça achève, me répondaient les infirmières, ton papa et mon amie. Heureusement, je les croyais, car ce petit jeu a duré jusqu'à ton arrivée, soit quatre heures plus tard!

Dans la chambre jouait en boucle un disque de chants tibétains. Ton père a suggérer de changer de disque. Je lui ai clairement signifié mon désaccord, j'avais besoin de ce long chant monocorde pour me concentrer.

Puis est venu le moment tant attendu, celui de te donner la vie. Quand mon médecin, accompagné de sa stagiaire sage-femme, a décrété que l'heure était venue, j'ai ressenti un immense soulagement. Je venais de passer presque une heure à retenir les poussées naturelles, mon col n'étant pas complètement dilaté (et mon médecin en train d'assister une autre maman). Ce fut à mon avis le moment le plus difficile de tout l'accouchement.

Le moment de la poussée m'a donc paru un moment où ENFIN je pouvais faire quelque chose d'autre qu'attendre et me retenir. Selon ton papa, du moment où mon médecin m'a donné le ok pour pousser, je me suis exécutée trois, quatre, cinq fois? Semble-t-il que ce fut très rapide, on a vu ta tête arriver. Puis hop, tes épaules, et finalement, tout ton corps. L'horloge indiquait 12 h 47.

À travers ses larmes, ton papa a coupé le cordon en s'exclamant que tu étais une fille! Une petite fille! Quelle surprise! Pendant tous ces mois, le petit bibi que je couvais n'était donc pas un garçon!? Étant moi-même la seule fille arrivée après une série trois garçons, j'avais évacué la possibilité d'avoir moi-même une fille en guise de premier-né. Tu étais là, couchée devant moi et tu nous racontait ces sales moments que tu venais de vivre en hurlant. Tu avais la peau toute rouge, tu étais encore enduite de vernix. Je t'ai prise dans mes bras après qu'on ait eu coupé le cordon, trop court pour que je te prenne aussitôt sortie de mon ventre. Tu étais légère, vigoureuse et ta petite bouille ressemblait déjà à celle de ton papa (ce qui n'a pas changé!).

J'ai respiré ton odeur et j'ai dit : "Tu sens les petits biscuits Feuille d'Érable". C'était tellement vrai! Tu as porté cette odeur enivrante pendant au moins deux jours.

Pendant que les infirmières, la stagiaire sage-femme et le médecin s'affairaient sur le petit paquet livré express, ton papa ne cessait de répéter "Elle est donc bien cute!" Lui-même était sous le choc d'avoir assisté à la naissance d'un si beau bébé, sa petite fille.

Et moi, éberluée et épuisée, j'ai repris mon souffle et savouré ce moment de délivrance, après treize heures de souffrance parfois intenable.

Ensuite, expulsion du placenta (DÉLIVRANCE totale!), points de suture. Mon médecin et la stagiaire sage-femme m'ont embrassée et félicitée avant de quitter la chambre, et j'en ai été fort émue. J'ai appris un peu plus tard que mon médecin venait de vivre un 48 h de garde merdique, mais que mon accouchement naturel réussi a "bien terminé sa garde", et qu'elle en était toute contente. Ce sont ses propres mots.

Le reste de la journée me semble flou. Bizarre, quand même que ce qui me reste de cette journée remplie d'émotion est un souvenir vague et décousu. J'aurais aimé me rappeler de chaque seconde... Je mets ça sur le compte de l'épuisement. Par chance, une série de photos, prises par Geneviève, m'ont permis de recoller les morceaux de l'histoire de ta naissance. On peut y lire l'émotion comme si on y était. Quel beau souvenir que m'a offert mon amie...

Le plus beau jour de ma vie, c'était il y a un an.

Bon premier anniversaire, petit cadeau du ciel...

Ta Maman xxx