lundi 3 mars 2008

Pas à pas

Dans un article publié par La Presse cette semaine, on signalait une nouvelle espèce menacée. Pas question ici d’une plante ou d’un animal exotique. Cette fois, c’est le piéton qui vient allonger la liste de ce qui tend à disparaître. Vous savez, ce bizarroïde qui arrive, les matins d’hiver, vêtu comme l’abominable homme des neiges par-dessus un complet veston-cravate? Ou encore cette collègue qui se tortille pour enlever ses combines dans la cabine de toilette d’à côté?

Selon de savantes statistiques, ces spécimens gagneraient en impopularité. Des chiffres? De 1998 à 2005, on évalue que le pourcentage des disciples de la marche (à raison d’un déplacement par jour) est passé de 26 à 19 %. Qui plus est, les Canadiens tirent de la patte par rapport aux Européens quand vient le temps de se dégourdir les membres inférieurs. Alors que 46 % des déplacements utilitaires (pour aller travailler, par exemple) se font en marchant dans les Pays-Bas, ils atteignent, ô surprise, un misérable 12 % au Canada.

Ouille… Où sont donc rendus ceux qui jadis battaient de la semelle? Partis gonfler les statistiques qui démontrent maintenant que les déplacements en voiture ont, de leur côté, augmenté en flèche. Malaise. Culpabilité. On nous casse, que dire, on nous brise les oreilles avec les bienfaits de l’exercice physique. On nous courtise avec des concours et des défis de fruits et légumes. On nous répète inlassablement de nous bouger le derrière, pour l’amour, mais visiblement, le message ne se rend pas. Ou du moins, il y a de la friture sur la ligne.

Les raisons invoquées pour éviter de bouger sont nombreuses et bien justifiées. (Pour les avoir maintes fois invoquées, ces raisons bidon, l’auteure de ces lignes sait de quoi elle parle.) Manque de temps. Peur d’arriver en retard. Pluie, neige, vent, soleil, mal de dos, de genou, courbatures, travail à remettre, rôti de palette à faire cuire, coup de fil à passer, pots Mason à classer. Toutes ces pitoyables défaites viennent rapido à la rescousse de celui ou celle qui boude l’exercice physique.

Jusqu’à ce qu’on constate qu’au lieu de faire le pied de grue pendant 15 minutes à l’arrêt de bus, on aurait pu se rendre à pied à destination. Jusqu’à ce qu’on se crispe quotidiennement d’impatience, coincé dans un trafic automobile grandissant, et qu’on arrive au boulot avec la désagréable impression d’avoir déjà une journée dans le corps.

Jusqu’au jour où se rend compte que les promenades dès l’aube et en fin de soirées ne font pas que du bien à son chienchien adoré. Jusqu’à ce que l’on réalise qu’INTÉGRER un exercice tel que la marche à son horaire chargé nous évite d’aller suer, à contrecoeur, sur les machines poisseuses d’un gym malodorant.

Mais que fait-on de l’argument de la pollution? Marcher en respirant à pleins poumons c’est bien beau, mais quand c’est l’haleine fétide des pots d’échappement que l’on s’envoie dans les branchies, y a-t-il quand même un gain santé à se déplacer à pied? Parlons-en à ce marathonien éthiopien qui, cette semaine, remettait en question sa participation au marathon des olympiques de Pékin, vu la désastreuse qualité de l’air dans cette ville.

À plus forte raison, permettons-nous d’espérer que plus il y aura de piéton, plus l’atmosphère fleurera bon. Et l’air de Sherbrooke n’est pas celui de Pékin. Pour le moment du moins.

Chasser le naturel

Ma grande amie Annick est Madelinienne. Ses grands-parents, ses arrières grands-parents et les parents de ceux-ci sont nés dans ce minuscule et ravissant archipel au large de l’Île-du-Prince-Édouard. Son père et sa mère y demeurent encore. Annick, elle, habite Montréal depuis peu.

Bien qu’elle ne souhaite pas retourner habiter dans les îles qui l’ont vue naître, Annick se définit et se distingue clairement par ses origines. Autant par ses expressions si typiques, ses conserves maison de crabe et de palourdes que par ce besoin vital de retourner par chez elle au minimum une fois l’an. La mer, le vent, le sable, les falaises, les grandes vagues, tout ça, c’est Annick.

Mon père est né là où l’Estrie prend fin pour laisser place à la Beauce. Lui enlever ses montagnes, les digues de roches qui séparent les champs, les couleurs des érablières à la fin septembre et les sentiers qui traversent son village lui ferait probablement plus mal que si on l’amputait d’une jambe.

Pour l’Arménien, le mont Ararat, bien qu’il soit désormais en territoire turc, symbolise sa patrie, sa fierté, son identité arménienne. Pas un seul Arménien n’est insensible à l’idée de revoir ses frontières englober cette majestueuse montagne volcanique aux sommets perpétuellement enneigés.

L’attachement à la terre natale ou à son environnement immédiat est fort, quasi inaltérable. D’où qu’ils viennent, qui qu’ils soient, les humains sont depuis toujours influencés, modelés, façonnés par leur milieu physique. Une partie de soi est forgée à même là d’où l’on vient. Cette relation intime entre le milieu naturel et la personne qui y habite représente, pour plusieurs environnementalistes, la planche de salut de la planète. Protéger ce que l’on aime. Veiller sur ce que l’on admire. Apprécier ce que l’on a, comme ça, gratuitement autour de soi.

Or la nature perd constamment du terrain. Le lien entre l’humain et son milieu naturel s’atténue. Manger les champignons qu’on a soi-même cueilli, faire griller une truite qui, quelques heures plus tôt, s’ébrouait dans les rapides du ruisseau derrière la maison, récolter trois chaudières de bleuets dans le brûlis au fond du rang sans débourser le moindre centime, tout cela relève désormais de la science-fiction pour une grande majorité.

Comment alors demeurer attaché à ce que l’on ne voit plus? Comment être ému par la disparition de telle espèce de poisson quand la survie de notre famille n’en dépend pas? Pourquoi se faire du sang d’encre avec l’abattage massif d’arbres anciens quand de sa vie, on n’a jamais vu un seul pauvre arbre ancien? Comment diable s’intéresser aux beautés de la nature au point de vouloir en protéger l’intégrité quand, dans plusieurs endroits, tout ce qui en reste repose sur les frêles épaules d’indésirables pigeons, de rivières brunâtres et de boisés jugés sans valeur?

Plus fort que toutes les technologies vertes réunies, plus béton que les meilleures campagnes de sensibilisation, l’attachement à ce que la nature est et offre (sans rien demander d’autre qu’on lui fiche la paix) donne la conviction qu’il faut prendre soin de ce joyau. Si la foi peut réellement déplacer les montagnes, déplaçons-nous donc d’abord avec respect vers elles, et vers ces forêts, ces ruisseaux, ces merveilles. Peut-être nous insuffleront-elles la foi suffisante pour qu’on redonne enfin, à la nature, les lettres de noblesse qui lui reviennent de droit.

Travailler à distance

Pour une majorité de salariés, la journée de travail officielle se situe entre 8 h 30 le matin et 16 h 30 le soir, à peu de variantes près. Dans les faits, déplacements, imprévus, courses et service de garde oblige, ce qu’on appelle communément le 9 à 5 s’avère plus exactement être du 7 h 30 à 18 h. Ouf!

Ici en Estrie, c’est l’avantage de vivre en région, l’heure de pointe se prend comme une petite bière. N’allons surtout pas nous plaindre le ventre plein. Contrairement à celui de la métropole, notre pont Jacques-Cartier à nous ne connaît pour ainsi dire jamais d’embouteillage. À part quelques mémorables tempêtes de neige, deux ou trois bris de canalisation ou de ponctuelles réfections du réseau routier, le transport du point A au point B se fait, alléluia, rapidement et sans douleur sous nos latitudes estriennes.

Mais malgré cette facilité à se déplacer dans une ville comme la nôtre, certains choisissent quand même de dire adieu au déneigement de la voiture à la barre du jour ou à la course effrénée jusqu’à l’arrêt de bus. Pendant que le voisin s’évertue à déneiger l’entrée, le télétravailleur allume son portable. Au moment où l’ancienne collègue passe rapidement faire le plein d’essence avant d’arriver au bureau, la télétravailleuse se sert un petit réchaud de café dans le confort du foyer.

Paresse mal dissimulée? Prétexte pour ne pas avoir à se coiffer et se maquiller? Le télétravail est-il vraiment un moyen productif de gagner sa vie? Et surtout, que vient faire un tel sujet dans une chronique habituellement consacrée aux choses de l’environnement?

Vu sous l’angle environnemental, le télétravail tape directement dans le mille. Quand on offre à un employé la possibilité d’effectuer le même travail chez lui, on lui permet du coup de diminuer considérablement ses déplacements. Avec la magie de l’Internet et du matériel informatique présent dans presque tous les foyers, il est effectivement de moins en moins nécessaire de se rendre à la montagne pour aller gagner sa croûte.

Comme de nombreuses fonctions peuvent se prêter au jeu du télétravail, on ne s’étonne plus d’entendre un graphiste, un journaliste, un concepteur web et même un ingénieur déclarer qu’il travaille « de chez lui ». Moins de déplacements, moins de dépendance à l’automobile et au pétrole qui la fait avancer.

Pris à l’échelle d’une grande ville en proie aux bouchons monstres, si la moitié des travailleurs qui se déplacent bossaient directement à la maison, il y a fort à parier que les problèmes de circulation diminueraient ou disparaîtraient carrément. S’ensuivrait une meilleure qualité de l’air, et surtout, une bien meilleure qualité de vie pour tous ceux qui doivent absolument se déplacer pour mettre du beurre sur le pain croûté.

Lorsqu’un employé choisit le télétravail, l’automobile peut baisser la garde. En contrepartie, l’autonomie et l’autodiscipline se doivent d’être fidèles au poste. Si on pense pouvoir être autant, sinon plus efficace dans son boulot en le faisant à la maison, pourquoi ne pas le suggérer à son patron?

mardi 22 janvier 2008

Développement ou étalement?

Au commencement, il y eut les colonies, puis vinrent les villages et ses rangs. D’abord, les cours d’eau relièrent entre elles les petites agglomérations, puis ce furent les routes qui permirent le développement d’autres endroits stratégiques où il ferait bon habiter. Les villages prirent de l’expansion et devinrent des villes. Celles-ci grandirent, prospérèrent, se peuplèrent et débordèrent vers les périphéries.

On finît par troquer le côté pratique de la proximité surpeuplée pour la tranquillité éloignée. Les banlieues étaient nées. En proie à une croissance démographique surprenante, celles que l’on surnomme les « cités dortoir » s’élargirent, s’étendirent à un point tel que l’on ne savait plus quand tout ce développement allait s’arrêter. Ce phénomène a désormais un nom, l’étalement urbain.

Les plus ou moins grandes cités de ce monde ont ceci en commun qu’elles offrent, dans leurs pourtours, un plus grand espace habitable pour un moindre coût, moyennant un éloignement des services propres à l’urbanité. Un bout de terre, un coin de jardin, quelques arbres plutôt qu’un demi balcon avec vue sur mur de béton et escalier en tire-bouchon. Pour plusieurs, le jeu en vaut la chandelle. C’est quand on habite la banlieue de la banlieue de la banlieue que les choses se compliquent.

Aller travailler devient synonyme de longs déplacements quotidiens en voiture ou en transports en commun, toujours bondés aux heures de pointe. Par surcroît, si la ville, parce densément peuplée, offre un service commercial de proximité, il n’en est pas toujours de même pour la banlieue sa voisine. Bien souvent, aller chercher le carton de lait manquant se transforme en expédition de plusieurs kilomètres en voiture à travers feux de circulations, longs boulevards et artères sans trottoirs. La rumeur court que le piéton y serait même en voie de disparition…

Ainsi, dans le palmarès de ce qu’on reproche le plus à la banlieue se trouve l’infime place laissée aux adeptes du transport actif. Considérant les distances à parcourir et le manque d’aménagements qui favorisent la marche ou le vélo, l’usage de l’automobile devient incontournable en certains endroits. Une petite marche de santé sur le trottoir mal déneigé le long du boulevard Taschereau? Effectuer quelques courses à vélo sur l’artère King-Bourque? Non merci, sans façon.

Les horaires peu accommodants des transports en commun, passé la cohue du 9 à 5, sont aussi souvent le lot de ceux qui pieutent hors les murs. Conséquemment, sitôt qu’il s’éloigne de l’épicentre pour gagner en quiétude et en verdure, le citoyen doit composer avec une ou deux voitures de plus dans son allée asphaltée.

Réalité? Fiction? Un heureux mélange de tout cela. La ville comporte des avantages que la banlieue, lointaine ou proche, n’aura jamais, et vice et versa. Sans comparer des pommes avec des oranges, la banlieue et la ville ont, malgré leurs fonctions différentes, ceci en commun que des gens y vivent, y mangent, y marchent et s’y procurent des biens de consommation. Conséquemment, le les milieux de vie qui se développent en parallèle des grands centres auraient avantage à s’inspirer du modèle urbain… dans ce qu’il a de meilleur et de plus efficace.

vendredi 4 janvier 2008

Et pourquoi pas un bilan?

Ceux qui lisent cette chronique de semaine en semaine savent, ou du moins doivent se douter, que je me creuse les méninges depuis bientôt un an pour partager des faits, des idées, des opinions. Pour éveiller des consciences, susciter des discussions, sensibiliser ou surprendre. Les semaines passent, les sujets défilent. Chaque promenade à l’extérieur, chaque sortie au magasin, chaque conversation, chaque rencontre est pour moi, depuis dix mois, une chasse aux sujets potentiels.

Cette chronique que vous lisez assidûment, distraitement, toujours ou pas souvent, est une bonne façon de me tenir à jour dans l’actualité environnementale. De comprendre certains phénomènes méconnus afin de vous les expliquer à ma façon. Malgré le plaisir que j’éprouve à faire mon devoir environnemental hebdomadaire, une toute petite angoisse est toujours bien présente. Et si les idées venaient à me manquer? Et si ma liste de sujets venait à se tarir? Et si j’en arrivais à me répéter? À vous ennuyer?!

C’est ce à quoi je réfléchissais, ces jours-ci, en cherchant de quoi j’allais vous entretenir pour entamer la nouvelle année. Je repensais aux sujets déjà traités. À ce qui vous avait plu ou déplu, à ce qui avait alimenté les débats ou tombé dans l’oubli. Au billet sur le vermicompostage, sujet grouillant qui a suscité moult questions et grimaces, en particulier chez mes collègues de travail. La chronique consacrée aux protections féminines alternatives n’est pas non plus passée inaperçue dans l’entourage immédiat. Encore là, l’étonnement se lisait dans plusieurs minois.

En revanche, de multiples sujets ont beaucoup moins soulevé les passions. Les sacs de plastique, les feuilles mortes, l’économie d’eau, tous ces domaines cent fois explorés et mille fois repris par tout un chacun semblent de mieux en mieux compris, voire acquis par un nombre croissant de citoyens. Ainsi, je constate qu’à force de mettre en œuvre des outils de sensibilisation et d’éducation, les comportements autour de nous changent.

De plus en plus, je me réjouis de voir que la conscience environnementale n’est plus la chasse gardée de quelques rares intégristes écolos tellement irréprochables qu’ils nous enlèvent le goût de mettre la main à la pâte. Contagieux, le désir de faire sa part pour un environnement plus sain se propage dans toutes les sphères et dans tous les milieux. Simplifié, démystifié et plus accessible que jamais, le geste environnemental rejoint désormais notre quotidien. N’est plus synonyme de douloureux sacrifice, mais plutôt de modification progressive dans les habitudes de gens de tous âges.

Ouvrons l’œil, le changement de comportement est partout. Autant chez mes parents, qui, de Piopolis, ne sirotent plus que des thés ou cafés équitables. Autant chez tante Michelle qui a récemment adopté des produits de nettoyage écologiques. Autant chez Marie-Hélène qui, avec sa fille Alice, composte allègrement, elle qui craignait que son bac brun ne soit qu’une corvée de plus dans ses semaines déjà bien remplies. Autant chez Geneviève qui a cuisiné des cadeaux de Noël pour Alexandra. Autant dans ma belle-famille, qui depuis deux ans procède à un échange de cadeaux produits localement.

Le monde et les temps changent. Tant mieux, et bonne année!

Des fêtes plus environnementales... à quel prix?

À Noël, au jour de l’An, au party de bureau et dans tout ce qui ressemble de près ou de loin à un rassemblement festif entre début décembre et mi-janvier, les occasions de laisser de côté les bonnes habitudes environnementales (chèrement acquises l’année durant) semblent se multiplier. Assiette de styromousse par ci, petite coupe de plastoc jetable par là. Emballage cadeau dix fois plus gros que ce qu’il y a dedans. Lumières de Noël allumées 24 heures sur 24 pendant les trois mois entourant la période des fêtes. Achats compulsifs de dernière minute.

Le manque de temps, le surcroît de travail, l’épuisement et l’accumulation de visites imprévues nous condamnent parfois à laisser de côté la verte vertu. Ainsi, toutes les actions décousues, bâclées, posées à la va-vite tranchent drôlement avec l’année exemplaire que l’on vient de passer sur le plan environnemental. La culpabilité côtoie le soulagement, mais toujours on sent le besoin justifier notre laisser-aller…

Pourtant, conserver ses valeurs environnementales durant les fêtes, et sans perdre les pédales, est chose possible. Côté bouffe, je peux me fixer (à l’avance) l’objectif de préparer un bon repas des fêtes avec quelques aliments issus des producteurs de la région. Leurs petits délices sont de plus en plus accessibles dans les commerces de la ville et des environs. Viandes, confitures, apéros, tartinades, fromages, légumes d’hiver en mettrons plein les dents à ma tablée d’affamés. L’occasion est bien choisie de découvrir ce qui sort de l’ordinaire, mais qui ne vient pas du bout de la terre!

L’électricité, maintenant. L’an dernier, l’auteure de ces lignes s’est résolue à simplifier la vie de son paternel. Bon an mal an, ce dernier bravait le froid, la noirceur et les flocons pour aller éteindre et allumer, en pantoufles et pyjama svp, les lumières de Noël ornant la maison. Un simple achat (une minuterie) et le paternel jouit désormais du repos du guerrier, tout en ménageant son compteur d’électricité. Cela est juste et bon.

Par contre, nous avons tous et toutes les meilleures raisons du monde de recharger, de temps en temps, nos écolos-batteries. Pour certains, la simple idée de tituber jusqu’au bac brun pour déverser les restes du buffet de la veille ira jusqu’à les empêcher de vouloir célébrer. Va-t-on en faire un drame? Pour d’autres, pressés, occupés, urgés par le temps, l’obligation de devoir se creuser le ciboulot pour dégoter un cadeau écolo leur brise les bonbons, à un point tel qu’ils envisagent feindre le malaise gastrique et fuir l’échange de cadeau du bureau. Peut-on leur accorder l’absolution?

Sans aller plus loin dans la rémission des péchés, laissons parler notre bon sens. À quoi bon exhiber un sapin éco-efficace, une tourtière équitable et un party de bureau biodégradable si cela m’accapare au point de mettre en péril de mes relations sociales? Vivre dans un environnement sain, c’est aussi accepter de ne pas avoir le réveillon enviro-parfait. Atteindre un juste équilibre, quoi. Vous avez ça en stock, Père Noël?

Une abondance qui frise la démence

Décembre est, pour plusieurs, synonyme d’abondance. Abondance de cadeaux à trouver, à acheter, à emballer. Abondance de dépenses en petites, moyennes et grosses lumières, en glaçons, en bonbons, en décorations, en choux, papiers, frisous et froufrous aux couleurs métalliques.

Tous ces éléments font renaître, année après année, toute la féerie du temps des fêtes. Cette magie, on s’en doute, a un prix. Derrière les façades des maisons illuminées se cachent quelques bonnes hémorragies financières et ô combien d’amoncellements de biens de consommation qui viennent s’ajouter à ceux, nombreux, que l’on possède déjà. Il suffit de se promener dans les rues les jours suivant la naissance du petit Jésus pour réaliser qu’à l’instar de leurs propriétaires, les bacs à déchets et de récupération ont, eux aussi, beaucoup trop mangé depuis le réveillon.

Ce n’est pas une primeur, la question de commercialisation de la fête de Noël revient sur la table depuis quelques années. Noël aurait perdu sa vraie signification. La surconsommation serait devenue une vraie religion. L’atmosphère de recueillement de la messe de minuit perdrait de ses adeptes au profit de la folie furieuse du boxing day et de ses rabais délirants. Les enfants afficheraient des mines imperturbables en déballant leur montagne de cadeaux comme d’autres travaillent à la chaîne. Sont-ce des rumeurs? Y aurait-il un fond de vérité dans ces affirmations?

Sans jeter la pierre sur l’ensemble de la société, force est d’admettre, en se regardant bien le nombril, que les festivités de fin décembre sont le théâtre de certaines exagérations. Et que ces démonstrations d’opulence chez l’un côtoient malheureusement les fins de mois cauchemardesques, les frigos vides et les besoins de base inadéquatement comblés chez l’autre.

Il n’y a rien de mal à fêter Noël autour d’un sapin illuminé. Ce n’est pas un crime d’envelopper des cadeaux pour le simple plaisir de les déballer fébrilement. Il est louable de vouloir rappeler à nos proches toute notre affection en les chouchoutant un brin. Mais cela peut se faire en toute conscience, en toute solidarité avec ce qui se passe autour de nous. Partager ce que l’on a, aider financièrement les bonnes causes est déjà une très bonne chose. On peut cependant pousser encore plus loin.

Comme consommatrice, j’ai un pouvoir, celui de faire des choix. Si j’achète ce jouet pas cher fabriqué en Chine, je contribue malgré moi à encourager le quasi-esclavage d’ouvriers sous-payés et bafoués dans leurs droits humains les plus légitimes. Si j’offre ce bidule à batteries à mon filleul, je condamne mon frère à devoir s’approvisionner et se débarrasser de piles pour que fiston s’amuse comme il se doit. Si je complète tous mes achats dans les grandes surfaces, les petits commerces spécialisés de mon voisinage craindront de mettre la clé dans la porte de leur rêve. Si chaque année je renouvelle mes stocks de papier d’emballage au lieu de simplement réutiliser ceux qui n’ont pas trop souffert l’année précédente, je jette les choux gras.

Choisir des cadeaux de Noël ne doit pas être qu’une simple valse-hésitation entre le cossin rouge et le machin bleu. Entre l’économie locale et la mondialisation, le suremballage et la simplicité, entre le gaspillage et la nécessité, fêter Noël commande désormais une réflexion. Suis-je prête à l’amorcer?