mardi 19 avril 2011

Convertir les pertes en privilèges

Si on lui demandait quels sont les avantages actuels d'avoir un petit frère, Babou n'aurait pas grand chose à dire.

Avant même que j'accouche de mon merveilleux fils, une amie qui venait d'accueillir son deuxième enfant me racontait avoir lu quelque part que pour un aîné, l'arrivée d'un petit frère ou d'une petite soeur n'apporte que des pertes -- pour les premiers temps du moins.

Perte de l'exclusivité parentale, de jouets ou objets qui appartiennent désormais au bébé. Perte de toute l'attention que les visiteurs nous portaient depuis la naissance.

Nous avons pu l'observer avec notre petit sujet qui avait 20 mois et demi à l'arrivée de Petit Frère. Elle n'a pas trouvé drôle la première fois où on a installé notre nouveau-né dans SON porte-babou. Même histoire avec le siège vibrant, la balançoire, la sauteuse, le siège Bumbo, les biberons, la suce, les jouets de dentition et même les couches! Si elle avait pu, Babou aurait volontiers porté les formats 1-2 de Petit Frère pour bénéficier des mêmes privilèges que lui.

On apprend à gérer ces petits deuils, qui se traduisent en débordements de possessivité, en crises de jalousie, en grosses larmes sincères nées de la difficile notion de partage.

Puis Babou a eu deux ans. Dans ma tête, c'est l'âge où on accède peu à peu à l'enfance en laissant le petit bébé derrière soi. Je le vois bien que les jambes de ma poulette ont tellement allongé en quelques mois! Que ses petites rondeurs de bébé l'ont quittée presque partout, sauf dans les joues!

J'entends très bien ses phrases complètes qui me scient parfois les jambes, autant que j'applaudis ses initiatives de rangement de jouets, d'aide au moment de mettre la table et de réconfort de Petit Frère quand je suis occupée ailleurs pendant quelques secondes.

Elle grandit, ma toute belle, et ça me donne le goût de lui faire apprécier - et non plus craindre - cet inévitable phénomène.

Hier, Babou a, comme tous les matins depuis que je ne l'allaite plus, bu son biberon matinal dans son lit. Quand j'ai découvert qu'elle l'avait dévissé alors qu'il était encore bien plein, et que j'ai par la suite dû faire trois brassées de lavage pour venir à bout de ce dégât, j'ai décrété haut et fort : FINI le biberon!

J'avais toujours fait fi des recommandations d'enlever le biberon matinal à 12 mois. C'était le seul qu'elle buvait de toute façon, elle qui n'a jamais eu de suce ni de pouce à téter (allez me faire croire que ses dents seront désenlignées avec une tétine dans la bouche 5 minutes par jour...).

Ma fille aimait le rituel et nous, appréciions qu'elle relaxe en buvant son lait au lit pendant quelques minutes, dès son réveil. Et il n'y aurait pas eu de pire momentum que de le lui enlever au même moment que Petit Frère débarquait dans nos vies.

L'épisode d'hier fut la (les) goutte qui a fait déborder le vase. Je lui ai expliqué, alors qu'elle hurlait de désespoir en voyant son dernier biberon aboutir à demi-vide dans l'évier, qu'elle perdait effectivement son biberon. Mais que j'irais le jour même lui chercher un verre de GRANDE SOEUR à la pharmacie. Un truc de princesses, tout rose, la totale pour une fillette quoi!

Ses grands yeux se sont allumés. J'ai senti que la notion de privilège était maintenant à sa portée, et que nous devrions désormais user de cette stratégie pour l'aider à grandir.

Non pas que je veuille pousser ma toute-petite en bas du nid. Mais plutôt lui faire miroiter les avantages d'accéder à de nouvelles étapes.

Depuis une semaine, elle revient de la garderie en marchant près de moi et de la poussette où roupille Petit Frère. Elle adore courir, sauter dans les flaques d'eau, prendre le temps d'observer ses points de repère.

Prochain objectif, l'introduire doucement vers la propreté. Je soupçonne Babou d'être pleinement consciente de ses sphincters, mais de vouloir conserver encore précieusement les changements de couches, moments où elle bénéficie de toute notre attention.

Petit coeur, va. Lentement mais sûrement, je le sens, les pertes deviendront pour elle des privilèges. Simple question de perspective!

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